Actualité artistique

Le Kunstmuseum de Bâle, du Moyen Âge à nos jours

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Ferdinand Hodler, Lac Léman vu de Chexbres, 1913, huile sur toile, 82,1 x 140,2 cm, Kunstmuseum de Bâle

Riche de plus de 4 000 peintures, sculptures, installations et œuvres vidéo, le Kunstmuseum Basel déploie ses collections encyclopédiques en trois lieux. Le Hauptbau, construit en 1936 par les architectes Rudolf Christ (Bâle) et Paul Bonatz (Stuttgart) et repérable à ses grandes arcades, est consacré aux collections permanentes. L’art ancien est à l’honneur sous le pinceau d’Hans Holbein le Jeune, de Konran Witz, de Lucas Cranach…, tandis que la section dédiée à l’art moderne réunit les plus grands noms, Ferdinand Hodler et son Lac Léman vu de Chexbres, Arnold Böcklin, Edgar Degas, Vincent Van Gogh, Piet Mondrian, Pablo Picasso, Paul Klee, Alexander Calder, Mark Rothko, Wassily Kandinsky… Un deuxième édifice (Gegenwart), inauguré en 1980, accueille quant à lui une partie des collections d’art contemporain du Kunstmuseum et de la fondation Emanuel Hoffmann, avec des pièces de Frank Stella, d’Andy Warhol, de Barnett Newman, de Gerhard Richter ou d’Andreas Gursky. En 2016, l’institution s’est dotée d’une nouvelle aile en briques grises reliée au bâtiment historique par un corridor souterrain, le Neubau (imaginé par le cabinet d’architecture Christ & Gantenbein), où sont présentées les expositions temporaires. Enfin, le Kunstmuseum abrite un trésor méconnu. Son cabinet d’art graphique, né de l’acquisition en 1661 par la ville de Bâle de la collection du juriste Basilius Amerbach (1533-1591), compte aujourd’hui plus de 300 000 feuilles, dessins, aquarelles et estampes. Le fonds le plus important de Suisse !

Kunstmuseum
St Alban-Graben 16, 4051 Bâle
+41 61 206 62 62

À voir en 2018 :

« Basel Short Stories », du 10 février au 21 mai.
« Theaster Gates », du 9 juin au 30 septembre.
« Sam Gilliam », du 9 juin au 30 septembre.
« Füssli. Drame et théâtre », du 21 octobre 2018 au 11 février 2019

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Focus œuvre : « Blue and Gray » de Mark Rothko

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L’immersion dans la lumière.
« Quand on peint les grands tableaux, déclarait Mark Rothko, quoi qu’on fasse, on est dedans. » Et ce sont donc très logiquement les grands formats exécutés par Monet qui l’ont le plus impressionné, ceux dans lesquels le spectateur se trouve immergé, happé par un espace qui sature son champ visuel d’innombrables stimuli, envahi par les couleurs et la lumière qui en émanent. Le modèle de composition pour lequel l’artiste a opté à partir de 1949-1950 est en effet conçu pour l’œil : son orientation verticale qui établit un face-à-face avec le spectateur, ses étagements de bandes et d’aplats qui engendrent le plus souvent un horizon, les jeux de cadre dans le cadre qui dessinent presque toujours comme la découpe d’une fenêtre. Car si Monet traduit en peinture des paysages vus et des impressions lumineuses, Rothko élabore, lui, un espace pictural et une certaine qualité de lumière par l’agencement de champs de couleurs brossées, aux contours flous. Ici, la gamme qu’il emploie est des plus réduites – gris sombre pour la couche inférieure, blanc et bleu-violet pour la couche supérieure – et pourtant génère un contraste d’une intensité remarquable : le blanc émerge du gris, tout en transparence, flottant comme une brume volatile sur un fond insondable. Entre évanescence et dissipation, ce voile s’oppose à la densité du bleu qu’il faut du temps pour percevoir sur l’ombre du fond. L’œil ainsi doit s’adapter : « Un tableau vit de son entourage, il s’élargit et s’anime dans le regard de l’observateur sensible », écrit encore l’artiste. Le temps de la réponse est aussi celui de la méditation, car ces ombres et ces lumières sont atmosphériques autant que spirituelles.

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Art Brussels, 50 ans d’art

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Pour la directrice d’Art Brussels, Anne Vierstraete, célébrer le jubilé de cette foire d’art contemporain belge a également signifié regarder ce qui s’était passé auparavant dans ce secteur d’activité. Ainsi, nous remémore-t-elle que le critique d’art René Berger fut le premier, en 1963, à regrouper des marchands sous l’appellation du Salon international de Galeries-Pilotes. Leo Castelli y avait participé et cette initiative inspira Rudolf Zwirner pour fonder Art Cologne, en 1967, juste un an avant que ne soit inauguré Art Brussels. L’identité de la foire s’affirme aujourd’hui dans un savant mélange entre des artistes établis et le secteur Discovery. « Présenter la scène émergente, précise encore Anne Vierstraete, fait vraiment partie de notre ADN et nous avons souvent été parmi les premiers à exposer des plasticiens tels qu’Adrian Ghenie, David Adamo, Cyprien Gaillard ou Elmgreen & Dragset. » Dans cette section, figuraient 93% d’artistes vivants, et 30% d’entre eux avaient moins de 40 ans. Mais dans l’ensemble d’Art Brussels, où nombre de marchands ont présenté des accrochages aérés, dotés de pièces de grande qualité, on saluera également le secteur Rediscovery, avec des œuvres de 1917 à 1987. S’y dévoilaient notamment celles de Dario Villalba (chez Luis Adelantado). Au sein de ce réencrage vers le passé, davantage de galeries vernaculaires étaient invitées, « afin de retourner vers nos racines et montrer le meilleur de la Belgique ! ». Et ce n’est pas Albert Baronian, exposant depuis 1975, qui dira le contraire !

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Décès de l’archéologue Jacques Tixier

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Décédé à l’âge de 93 ans, Jacques Tixier aura marqué le monde de l’archéologie. Né en Aquitaine le 1er janvier 1925, il s’intéresse très tôt à la préhistoire, mais le réel déclic a lieu en Algérie, où il part enseigner en tant qu’instituteur, à tout juste 22 ans. Il fait alors une rencontre décisive, celle de Lionel Balout, professeur à la faculté d’Alger et conservateur du musée du Bardo, près de Tunis, qui lui donna envie de poursuivre ses recherches en préhistoire. Dix années plus tard, en 1955, et il entre en tant que préhistorien au CNRS, puis à l’Institut de paléontologie humaine, dès 1961. En 1980, il crée le laboratoire « Préhistoire et technologie » (UMR 7055) du CNRS et le dirige jusqu’en 1987. Cette unité d’archéologie, qui réunit des chercheurs, des ingénieurs et des techniciens de différentes institutions, dont l’Université Paris-Nanterre, étudie les produits de l’activité préhistorique d’un point de vue technologique.
Jacques Tixier a aussi mis au point une méthode d’analyse, baptisée « technologie lithique », qui grâce à l’étude des techniques de réalisation des outils en pierre taillée permet de comprendre autrement les comportements sociaux, la culture et les capacités cognitives des sociétés préhistoriques. Un nouveau regard a ainsi pu être porté sur un grand nombre de découvertes et sur des centaines de vestiges préhistoriques. Pionnier de la recherche en préhistoire, Jacques Tixier lui aura donné un rayonnement nouveau, en France comme à l’international, en favorisant une mutation de la pratique. Ces avancées auront aidé à mettre en lumière des millénaires de production humaine, depuis le paléolithique inférieur jusqu’au néolithique. Grâce ses recherches sur le terrain en Dordogne, en Algérie, au Liban ou encore au Qatar, Jacques Tixier aura activement participé à la construction d’une science de la Préhistoire, à la fois expérimentale et spéculative.

Découvrez les entretiens de Jacques Tixier du programme « Les Témoins de la Préhistoire » sur le site du Pôle international de la Préhistoire.

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Fritz Hansen rhabille Jacobsen

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Quand la géométrie ordonne avec élégance les formes organiques. Telle est l’essence du très confortable minimalisme scandinave incarné par les créations du designer danois Arne Jacobsen (1902-1971) auquel le Bon Marché Rive Gauche consacre une exposition. Conçue par Republic of Fritz Hansen, cette rétrospective retrace la carrière de Jacobsen au fil de pièces vintage jamais présentées au public, mettant en lumière trois de ses créations : les fauteuils Egg et Swan ainsi que la chaise Drop. Pour célébrer les 60 ans de ces pièces iconiques, Fritz Hansen dévoile également sa nouvelle collection, Soixantenaire, une variation tout en pureté et en raffinement autour de trois modèles intemporels.

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Au Mauritshuis à la Haye : Steen, conteur né

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Peintre très fécond du Siècle d’Or hollandais, Jan Steen (1626-1679) est honoré aujourd’hui au Mauristhuis de La Haye par une grande exposition monographique regroupant vingt et une de ses œuvres. Quoique également portraitiste, Steen avait acquis une grande renommée en brossant des scènes de genre piquantes et à prétexte moralisateur appuyé volontiers sur des dictons ou proverbes, à la suite d’une voie déjà magnifiée par un Pieter Brueghel au XVIe siècle. Dans ces tableaux mélangeant allégorie et réalisme contemporain jusque dans les illustrations d’épisodes bibliques, traduits dans de riches atmosphères, Steen sut donner vie de façon théâtrale à des scènes animées par de multiples personnages. Face à des peintures datées trop épisodiquement et à l’absence de documents graphiques (Steen n’ayant pas gravé ni laissé de dessins attribuables avec certitude), la chronologie du corpus était difficile à établir. Chaque exposition étant prétexte à découvertes, celle-ci a permis de confirmer l’authenticité et l’excellent état de conservation d’une version de Samson raillé par les Philistins, prêtée par le Musée royal des beaux-arts d’Anvers et encore considérée, il n’y a guère, comme une copie du XVIIIe siècle. Des études poussées à l’aide du Shell Technology Center, partenaire du musée, ont permis par ailleurs d’identifier un pigment vert qui semble propre aux dernières œuvres des années 1670.

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Culture soir : Le collection BIC au CentQuatre à Paris

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Retrouvez Guy Boyer sur Radio Classique : les vendredis à 19h dans l’émission « La Grande Galerie », les lundis à 19h45 dans l’émission de Patrick Poivre d’Arvor, le vendredi à la fin du flash info de 13h pour ses « Chronique Sorties ».

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Marino Marini, des chevaux et des nus à Venise

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Que ce soit à travers la sculpture, sa principale activité, ou à travers la peinture qu’il n’a jamais cessé de pratiquer non plus, l’imaginaire de Marino Marini (1901-1980) se développe autour d’un thème dominant, le cheval et le cavalier, qu’il décline indéfiniment, l’autre grand thème étant le nu, essentiellement féminin, dans la continuation de la grande tradition classique. Formellement, son œuvre se rattache au courant italien Novecento, créé à Milan en 1922, et relève d’un obstiné néoclassicisme, conjugué cependant avec certaines courants modernes, comme le cubisme. C’est précisément de ce croisement que naquirent ses œuvres les plus marquantes, aux arêtes vives partageant de clairs volumes, aux plans et aux masses vigoureusement articulés. Mais Marini reste profondément ancré dans la longue histoire de la sculpture, qu’elle soit antique (égyptienne, grecque, étrusque), médiévale, renaissante ou moderne (Auguste Rodin, Medardo Rosso, Arturo Martini, ou encore Henry Moore, Giacomo Manzu, Pablo Picasso). Cette vaste monographie, d’abord présentée à Pistoia d’où l’artiste était originaire, réunit plus de cinquante sculptures de Marino Marini, mises en perspective et contextualisées par la confrontation avec une vingtaine d’œuvres illustrant ces diverses sources d’inspiration.

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Le Street Art et Escif s’emparent de Mai 68 au Palais de Tokyo

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Créé en 2012, le LASCO project, programme d’arts urbains du Palais de Tokyo, s’est enrichi des interventions de près de soixante artistes internationaux sur l’architecture et les espaces intérieurs de l’institution. Le programme a pour but de diffuser cette « expression nouvelle » qu’est l’art urbain, né la fin du XXe siècle, et qui selon Jean de Loisy, directeur du Palais de Tokyo « est apparue, éruptive, insurrectionnelle, crachant sur l’art exténué de l’époque une salve d’insolence et de liberté ».
Pour sa 10e session, le LASCO Project accueille cette année les créations de deux Street Artistes originaires de Valence (Espagne) : Paul Loubet, lauréat 2017 du prix Révélation ADAGP/Palais de Tokyo d’art urbain, et Escif, artiste prolifique pour qui « le mur est une limite, un outil de pouvoir avec lequel on planifie, contrôle et manipule l’espace des villes ». Ce dernier réalisera une intervention monumentale interrogeant l’histoire de Mai 68, visible dès le 4 mai, sur la façade du Palais de Tokyo, côté rue de la Manutention. Sa création complétera le projet, datant de 2015, de l’artiste grec Stelios Faitakis qui avait réalisé deux fresques murales consacrées à l’héritage de la pensée situationniste et à la place de Mai 1968 dans les révoltes actuelles.
Né en 1980 à Valence, Escif y vit et y travaille. Dès la seconde moitié des années 90, il a commencé à pratiquer le grafitti, en peignant sur les murs de sa ville. Il a approfondi son art en entamant une formation dans la section « Beaux-Arts » de l’université Polytechnique de Valence, en spécialité « art urbain ». Très engagé, l’artiste espagnol veut faire réfléchir le public aux sujets d’actualité. Ses œuvres mettent en avant et questionnent les luttes, la résistance, le capitalisme ou encore les problématiques environnementales. Il est intervenu dans plusieurs musées et institutions artistiques, dont le Power Station Art à Shanghai en 2016 ou encore le musée d’art moderne de Valence en 2017. Mais la plupart de ses projets sont réalisés sur les murs des villes, en Espagne, en Thaïlande, en Pologne, en Inde ou encore au Sénégal. Pour le LASCO project, l’artiste exécutera une peinture monumentale reproduisant les fameux slogans des étudiants de Mai 68 sur un fond en trompe l’œil, comportant des portes, des drapeaux officiels ou encore de la végétation. Elle reprendra la composition de Serpents et échelles, un jeu populaire consistant à déplacer des jetons sur un tableau de cases, en essayant de monter les échelles tout en évitant de trébucher sur les serpents. Escif mettra ainsi en lumière le désir de politique lié à l’écriture sur les murs, depuis les grottes pariétales et les souterrains jusqu’aux murs de nos villes actuelles.

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Variations sur la « Ville liquide » à la Triennale de Bruges 2018

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Bruges, la ville la plus visitée de Belgique avec cinq millions de touristes par an, veut rajeunir son image. La « Venise du Nord » inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco fait entrer l’art et l’architecture contemporaine au cœur de son centre historique. Une première édition de la Triennale de Bruges en 2015, dédiée à l’urbanisation mondiale, accueillait les cabanes suspendues dans les arbres du Japonais Tadashi Kawamata, une sculpture monumentale du Chinois Song Dong faite à partir d’édifices historiques chinois démolis et un pont de bois construit par l’agence indienne Studio Mumbai (« Connaissance des Arts » n°739).
Après le succès de cette première édition, s’ouvre aujourd’hui la Triennale de Bruges 2018, avec un parcours artistique intitulé « Liquid City » (« Ville liquide »), en référence au concept de « société liquide » formulé par le sociologue et philosophe polono-britannique Zygmunt Bauman en 1998. « Le monde change rapidement. La deuxième édition de la Triennale examine le rôle d’une ville comme Bruges dans un monde globalisé. Les habitants d’une société fluide se trouvent dans un flux constant de changement, propulsé par la variation, le pluralisme et l’ambivalence qui peut conduire à l’incertitude et même à la peur. Contre ce réflexe, Triennale Bruges 2018 est une balise sûre, une ville fluide, ouverte et impliquée, un moteur de changement social, culturel et politique », déclarent les commissaires de la Triennale Till-Holger Borchert, Michel Dewilde et Els Wuyts. Près du port de Zeebruges et de la mer du Nord, Bruges, traversée en son centre par des canaux, devient métaphoriquement une « ville liquide » traversée par un flux de touristes et un parcours artistique soucieux d’écologie face à la menace de la montée des eaux. Dès lors, artistes et architectes internationaux confirmés ou émergents imaginent des installations flottantes respectueuses de l’environnement.

À voir

« Triennale de Bruges 2018. Liquid City – Ville fluide »
Bruges, 32 50 44 46 46,
www.triennalebrugge.be
du 5 mai au 16 septembre.

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Mai 68 : la guerre des images

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« Si 68 a produit une marée de discours, un nombre incalculable d’images – photographies et affiches – a joué un rôle central dans la construction iconographique de l’événement », relève l’historien Philippe Artières, commissaire de l’exposition des Beaux-Arts de Paris avec Éric de Chassey, le directeur de l’Institut national d’histoire de l’art. Et, au sein de cet immense corpus, il est nécessaire de distinguer les images produites par les acteurs eux-mêmes et celles enregistrées par les témoins, photographes au premier rang.
Les affiches chocs, créées à l’École nationale des beaux-arts de Paris et aux Arts décoratifs, appartiennent à la première catégorie. Le 14 mai 1968 débute l’occupation des Beaux-Arts. À l’issue d’une assemblée générale, réunissant les étudiants mais aussi des enseignants et des artistes extérieurs, une première affiche lithographique est imprimée, frappée du slogan « Usines, Universités, Unions » et estampillée « Atelier populaire des Beaux-Arts ». Alors qu’elle était initialement destinée à la vente en galeries, l’affiche est rapidement collée sur les murs du quartier. Toutefois, la technique employée ne permet d’imprimer qu’un nombre limité d’exemplaires. L’artiste Guy de Rougemont propose alors de se tourner vers la sérigraphie. À travers ces deux choix décisifs, l’affichage sauvage et la reproduction massive, « l’atelier devient une sorte d’agence dépositaire d’un mandat implicite : soutenir les luttes de mai 68, les accompagner d’images nouvelles, donner aux artistes un lieu de production et d’action », souligne l’historienne Béatrice Fraenkel. Tous les projets d’affiches produites dans ce cadre font l’objet d’une validation collective en assemblée générale, puis sont diffusés avec le tampon « Atelier populaire des Beaux-Arts ». Certaines sont ainsi restées dans les cartons, dont l’exposition d’aujourd’hui les sort opportunément.
Le choix du procédé sérigraphique induit des conséquences esthétiques, résumées par ce conseil de Rougemont : « Faites un dessin simple, facilement contournable avec de la gomme arabique pour boucher la soie, pas de demi-teintes, en aplat, et qu’il y ait une couleur par affiche ». Le résultat, ce sont des images chocs, très stylisées, mobilisant un répertoire de figures lié au combat : des poings, des mains, des uniformes, des pavés, des chaînes… La relation avec un texte omniprésent tient une place centrale dans la composition mais, « par rapport aux graffitis, les textes des affiches restent conventionnels : ils parlent de lutte, critiquent le pouvoir, diffusent les mots d’ordre », observe Béatrice Fraenkel. Les productions de l’atelier des Arts décoratifs, qui commencent fin mai, s’inscrivent dans une même veine, avec parfois de pures productions visuelles, tel ce crâne dans lequel s’enfonce une vis à tête en croix de Lorraine… Cependant, ce serait une erreur d’appréhender ces œuvres selon des critères exclusivement esthétiques, alors que s’y manifeste une intrication de l’art et de la politique, caractéristique de cette époque, en même temps que la croyance dans le pouvoir de subversion et d’intervention prêté à l’art. […]

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Antonio Banderas, de Pablo à Picasso, sur National Geographic

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Après avoir rassemblé 45 millions de téléspectateurs lors de sa première saison consacrée à Einstein, Genius, la série événement de National Geographic, déroule son analyse du concept de génie, et de ses incarnations historiques, en s’intéressant à la figure de Pablo Picasso (1881-1973). La deuxième saison, diffusée en France à partir de ce soir lundi 23 avril, met en scène la vie intense et non moins romanesque du peintre espagnol, artiste visionnaire et pionnier de l’art moderne qui, selon le producteur Ron Howard, « a laissé au monde une trace culturelle et artistique profonde ». Au fil des dix épisodes qui composent cette saison, deux récits s’entremêlent, l’un racontant la quête de son art, de sa vision, par le jeune Picasso (incarné par Alex Rich), l’autre nous plongeant dans l’œuvre de la maturité du maître, dans une interprétation aussi surprenante que pénétrée de l’acteur espagnol Antonio Banderas.
Vingt ans après Anthony Hopkins et le Surviving Picasso de James Ivory (1996), c’est donc au tour de l’acteur fétiche de Pedro Almodóvar, devenu mariachi (Desperado, 1995) puis justicier masqué (Zorro, 2005), de donner vie à la personnalité rude et complexe de Picasso, dont le génie n’éclipse pas les élans misogynes. Né comme lui à Malaga, Antonio Banderas a grandi à quelques centaines de mètres de la maison de naissance du maître espagnol et n’a jamais caché son admiration pour l’œuvre de ce dernier. L’acteur se saisit de son personnage, qui pour beaucoup incarne à lui seul l’idée de génie artistique, et nous invite à comprendre le lien étroit qui unit sa vie sentimentale tumultueuse, ses engagements politiques et la mise en œuvre de sa puissance créatrice. On se laisse ainsi emporter dans le Paris des années 1900, qui vit naître les Demoiselle d’Avignon, avant de pénétrer en 1937 dans l’atelier du peintre, absorbé par l’exécution du saisissant Guernica… Cette nouvelle saison offre donc un nouvel éclairage sur cette icône de l’art moderne qu’est devenu Picasso, alors même que les musées de France et d’Europe continuent de célébrer ses créations dans le cadre de la programmation « Picasso et la Méditerranée ».

Découvrez la bande-annonce de « Genius : Picasso » ! À découvrir dès ce soir, lundi 23 avril, à 20h40 sur National Geographic :

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Génie hydraulique au musée gallo-romain de Lyon

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Si les aqueducs romains sont demeurés si spectaculaires, c’est que leurs constructeurs se sont affirmés comme des ingénieurs exceptionnels. Quel meilleur exemple que Lyon ? À Lugdunum, il y a deux mille ans, quatre de ces ouvrages pouvaient déverser chaque jour plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes d’eau… L’exposition, passionnante, reprend le parcours d’une goutte d’eau depuis la source jusqu’au collecteur et évoque aussi la façon dont les monuments hydrauliques – ponts, canaux, fontaines, thermes – ont pu inspirer les artistes depuis l’Antiquité.

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James A. Ganz, nouveau conservateur en chef de la photographie au Getty Museum de Los Angeles

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James A. Ganz nommé nouveau conservateur en chef du Getty Museum de Los Angeles a, comme il l’a affirmé, « longtemps admiré le Getty Museum pour son grand intérêt pour la photographie, pour ses admirables collections, ses grandes galeries et ses ambitieux programmes d’expositions et de publications ». Ce sera désormais à lui de se charger de cette immense collection, qui compte près de 150 000 photographies, de l’origine du medium à nos jours.
Après avoir obtenu un Bachelor au Trinity College, puis un Master au Williams College, où lui-même enseigné par la suite, James A. Ganz a obtenu un doctorat en Histoire de l’art à l’université de Yale. Au cours de son parcours académique, il s’est spécialisé dans le XIXe siècle, dans la photographie européenne et américaine ainsi que dans les photographes vivant en Californie, dont Carleton Watkins, Eadweard Muybridge, Willard Worden ou encore Peter Stackpole. Après avoir occupé, durant dix ans, le poste de curateur pour le Sterling and Francine Clark Art Institue dans le Massachusetts, où il a créé une grande collection de photographies, il est par la suite entré au même poste à l’Achenbach Foundation for Graphic Art Fine Arts qui fait partie du Museum of Fine Art de San Francisco. Durant sa carrière, Ganz a organisé des douzaines d’expositions dont « Édouard Baldus : Landscape and Leisure in Early French Photography » en 2003, «  Arthur Tress : San Francisco 1 964 » en 2012 et plus récemment « Portals of the Past : The Photographs of Willard Worden », en 2015. James A. Ganz prendra ses fonctions de conservateur en chef de la photographie en juillet 2018.

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[Entretien] Descente aux Enfers avec Julien Rousseau au musée du Quai Branly-Jacques Chirac

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Le préambule de l’exposition commence avec « Un fantôme ne meurt jamais » où par définition le fantôme est l’apparition surnaturelle, un spectre, une image mouvante et irrationnelle d’une personne défunte qui circule dans les limbes pour l’éternité. Si on retrouve des histoires de fantômes dans toutes les cultures et sur tous les continents, l’exposition explore les histoires, les contes et légendes de l’Asie, plus exactement de la Thaïlande, de la Chine et du Japon. Des histoires qui apparaissent dès le Xe siècle avec l’art bouddhique chinois et qui, au fil des siècles, vont s’introduire dans la culture profane et populaire en se transmettant par la tradition orale, la littérature, le théâtre, jusqu’à aujourd’hui avec le cinéma, la bande dessinée, le manga et les jeux vidéo. Construite comme un film, l’exposition « Enfers et fantômes d’Asie » nous dévoile ces différents récits. Lire la suite ici.

Cet article a été rédigé par Anne-Frédérique Fer,
rédactrice en chef de la revue culturelle franco-chinoise FranceFineArt.
Réalisée par des artistes français et chinois, la revue a été créée lors des années croisées France-Chine (2004-2005).
FranceFineArt est constituée de différentes rubriques qui à l’aide de photographies, d’interviews sonores, de textes et de liens interactifs rendent compte de la vie artistique, en France et en Chine.

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L’écrin du cœur d’Anne de Bretagne retrouvé près de Saint-Nazaire

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Le 14 avril dernier, le cœur reliquaire d’Anne de Bretagne, un écrin en or daté du début du XVIe siècle, avait été dérobé lors d’un cambriolage au musée Dobrée de Nantes. Quatre individus masqués avaient, en effet, pénétré dans les salles d’exposition de l’établissement munis de masses à l’aide desquelles ils avaient fracassé les vitrines où étaient présentées les œuvres. Malgré la présence d’un vigile et de caméras de surveillance ainsi que l’activation de l’alarme, les cambrioleurs avaient réussi à dérober une cinquantaine de pièces médiévales, une statue hindoue dorée et le célèbre écrin du cœur d’Anne de Bretagne, conservé au musée nantais depuis la fin du XIXe siècle.
Il n’aura fallu qu’une semaine aux enquêteurs de la police judiciaire pour retrouver cet inestimable objet dont la perte avait ému le grand public ainsi que les acteurs du monde culturel. Selon le quotidien régional Presse Océan trois hommes, originaires de la région de Saint-Nazaire, ont été placés en garde à vue vendredi 20 avril. Le lendemain, deux d’entre eux étaient mis en examen pour « association de malfaiteurs » et « vol de biens culturels », et sont depuis maintenus en détention provisoire. Le cœur reliquaire, les monnaies et la statuette hindoue, ont ainsi pu être retrouvés en fin de journée dans la région de Saint-Nazaire, dans un état de conservation jugé satisfaisant par le procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès. On ne sait pour l’heure quand ils seront rendus au musée Dobrée qui, en parallèle de son vaste chantier de rénovation, doit à présent faire face à la polémique autour des défaillances de son système de sécurité.
Dimanche matin, Julie Pellegrin, directrice du musée Dobrée, et Catherine Touchefeu, vice-présidente du conseil départemental, ont tenu une conférence de presse au cours de laquelle elles ont exprimé leur profond soulagement tout en réaffirmant leur volonté de pouvoir présenter à nouveau le cœur reliquaire d’Anne de Bretagne au public dans des conditions de sécurité renforcées. Les deux autres suspects identifiés dans le cadre de l’enquête sont encore activement recherchés.

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Récit d’une vie : Marguerite d’Autriche, princesse érudite

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Bernard van Orley, Portrait de Marguerite d’Autriche, après 1518, huile sur bois, Bourg-en-Bresse, musée du Monastère royal de Brou © Hugo Maetens / MRB

Au-delà de son rôle bien connu dans la construction du splendide monastère de Brou, à Bourg-en-Bresse, Marguerite d’Autriche figura parmi les plus grands amateurs d’art de son temps. Elle fut ainsi l’heureuse propriétaire d’œuvres d’art majeures, telles les Très Riches Heures du duc de Berry ou bien encore le Portrait des époux Arnolfini de Van Eyck. Fille de l’empereur Maximilien Ier de Habsbourg et de Marie de Bourgogne, Marguerite avait pu développer ses goûts artistiques durant ses séjours dans les grandes cours européennes.
Véritable « proie » matrimoniale, elle fut de fait mariée à trois reprises en parvenant à tirer profit de ces divers statuts d’épouse et de veuve. Son sort avait été fixé une première fois par le traité d’Arras. Scellé fin 1482 entre Maximilien et Louis XI, roi de France, il stipulait l’union de Marguerite avec le dauphin, futur Charles VIII. Dans sa troisième année, Marguerite quitta la cour francophone de Bruxelles pour s’unir à Amboise, sur le papier dans un premier temps, au jeune dauphin. Cet accord fut contrarié de façon inattendue. Bien que beau-père de Charles, désormais roi, Maximilien demanda en effet la main d’Anne de Bretagne. Voulant éviter à tout prix une dangereuse avancée des Habsbourg à l’ouest du royaume, Charles VIII n’eut d’autre choix que de répudier Marguerite en 1491 et de convoler d’urgence avec Anne.

Jan van Eyck et atelier, Vierge à la fontaine, vers 1430, huile sur bois, Paxton, Paxton House ©The Paxton Trust

Belle et éduquée en reine, Marguerite restait un atout de choix dans l’échiquier politique de son père. « Que les autres fassent la guerre, et toi, heureuse Autriche, marie-toi », disait l’adage. Maximilien eut ainsi l’occasion d’élargir en 1496 le cercle du pouvoir des Habsbourg en mariant ses enfants aux héritiers des trônes espagnols, Marguerite épousant l’infant Juan d’Aragon, et Philippe, Jeanne de Castille, dite Jeanne la Folle. Las, après des épousailles célébrées en grande pompe à Burgos (Espagne) le lundi de Pâques 1497, Juan décédait à l’automne. Peu après, Marguerite accouchait d’un enfant mort-né. Munie d’un nouveau douaire, elle regagna les Flandres, où résidait son cher frère Philippe. Victime probable d’une fièvre typhoïde, ce dernier disparut à son tour à Burgos, à l’âge de 28 ans. De son union étaient nés en revanche quatre filles et deux garçons dont l’aîné, porté en 1500 sur les fonts baptismaux par Marguerite, sa marraine, ferait grand bruit sous le nom de Charles-Quint.
En 1501, Marguerite accepta de convoler, cette fois, avec le duc de Savoie, Philibert dit Le Beau. Après un mariage marqué par une « Joyeuse Entrée » à Bourg, le couple ducal s’était installé au château de Pont-d’Ain pour y vivre en parfaite harmonie. Hélas, en ce jour du 10 septembre 1504, fête de Saint-Nicolas-de-Tolentino, l’époux vénéré passait de vie à trépas à la suite d’un refroidissement. Dans ses écrits, Marguerite exprima son profond désarroi en avouant combien « deuil et ennuy » la persécutaient. Marguerite porterait désormais le voile de veuve. Dans le même temps, elle adoptait une devise suggérée, pourrait-on penser, par son bibliothécaire-historiographe, Jean Lemaire de Belge. À travers ses mots, « Fortune Infortune Fort Une », s’affichait une fière résignation dans le malheur. Pressentie malgré tout pour se remarier avec Henri VII d’Angleterre, Marguerite résista cette fois aux pressions. […]

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