Actualité artistique

Le Salon du dessin chez vous : Louis-Léopold Boilly et le créateur de la toile de Jouy

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Oberkampf. Hormis la rue Oberkampf à Paris, ce nom doit vous rappeler quelque chose : l’histoire de la toile de Jouy et la manufacture de la vallée de Chevreuse, au sud de Paris. L’industriel Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815), installé à Paris en 1758, à l’âge de 20 ans, a en effet fondé à Jouy une manufacture d’impression sur toile qui devient, juste avant la Révolution, manufacture royale. L’homme a le profil de ces entrepreneurs cultivés du Siècle des Lumières, côtoyant des savants comme Berthollet et Gay-Lussac, faisant travailler des artistes comme Jean-Baptiste Huet. Il est le descendant d’une lignée de teinturiers allemands établis à Aarau, en Suisse, produisant des toiles imprimées appelées indiennes (car importées à l’origine des comptoirs des Indes).

François Gérard, Portrait de Christophe-Philippe Oberkampf, vers 1815, musée de la toile de Jouy

La toile de Jouy : une success story

Après avoir travaillé comme graveur dans une manufacture de Mulhouse, Oberkampf monte à Paris et devient coloriste chez un fabricant du quartier de l’Arsenal. En 1759, sa vie va changer avec une modification législative : la fabrication des indiennes, interdite en France depuis 1686 pour protéger les soieries lyonnaises, est autorisée. Aussitôt, Oberkampf propose à Antoine Guernes, de s’associer avec lui pour créer une manufacture à Jouy.

Les Travaux de la Manufacture, 1783, lin imprimé, The Met, New York

Succès immédiat et rapide puisque quatre ans après l’ouverture de la manufacture, celle-ci doit s’agrandir pour accueillir les quelque 90 ouvriers qui la font tourner. Après dix ans de résidence en France, Oberkampf et son frère sont naturalisés français. L’entreprise entre peu à peu dans l’ère de la mécanisation en passant des planches de bois, nécessaires à l’impression, à des plaques de cuivre montées sur des tambours cylindriques. La cadence augmente, les profits également. La manufacture tourne à plein régime pendant la Révolution et devient même l’une des premières entreprises françaises après les mines d’Anzin et l’usine de glaces de Saint-Gobain. Tout va pour le mieux et la manufacture atteint son zénith en 1806 quand Oberkampf obtient la médaille d’or de première classe à l’exposition des produits de l’industrie au Louvre et quand Napoléon lui décerne la légion d’honneur.

Hommage à l’enfant disparu

C’est d’ailleurs dans ces premières années du XIXe siècle que Louis-Léopold Boilly réalise le portrait de l’industriel Oberkampf et de sa famille. Avant d’en arriver à l’œuvre finale, il fallut en 1803 plusieurs dessins préparatoires, études de détails ou d’ensemble. Sur l’étude d’ensemble proposée par la galerie Aaron, on retrouve à gauche Oberkampf et son fils aîné Alphonse, à qui il montre une de ses toiles de Jouy présentée au sol par un jeune ouvrier. On ne voit pas le visage d’Alphonse car, au moment où Boilly dessine ce portrait de groupe, le jeune homme est déjà mort, depuis quelques mois, mais Oberkampf a voulu qu’il figure dans la composition. « Pour l’associer à cette célébration de l’harmonie et de la réussite familiales », précise la galerie Aaron. Complètement à droite, l’autre garçon est Emile Oberkampf, qui reprendra la manufacture à la mort de son père en 1815. À côté de lui, assise et en train de dessiner, on voit Marie-Julie, la fille aînée d’Oberkampf, qui deviendra l’une des figures importantes du protestantisme français et d’un mouvement pour la promotion de l’école maternelle. Derrière elle, Madame Oberkampf et ses filles Laure et Emilie-Laure.

Louis Léopold Boilly, Oberkampf et sa famille à Jouy, plume et encres brune et grise, lavis gris sur papier, 340 x 470 mm, vers 1803, proposé à la vente par la galerie Didier Aaron. Estimation : 60 000€

Une toile de Jouy signée Boilly ?

Boilly a dessiné ce portrait familial à la plume et aux lavis d’encre posés au pinceau. Avec précision et application. Comme dans tous les portraits de ses contemporains (voir les tableautins du palais des Beaux-Arts de Lille) ou ces scènes de rue parisiennes qui ont été récemment exposées à Londres (à la National Gallery de mars à mai 2019). Ce dessin d’Oberkampf et sa famille confirme également les liens importants qui unissaient l’artiste à l’industriel puisque Boilly a réalisé le motif d’une toile de Jouy, L’arrivée d’une diligence, reprise d’un de ses tableaux. Ce dessin de Boilly, provenant de la collection Jules Boilly mise en vente en 1868, est passé par la famille Mallet jusqu’en 1979 et, par descendance jusqu’à la famille de Maupeou. Un pedigree sans tâche.

Ce dessin à la plume, encre et lavis sur papier de Louis-Léopold Boilly est estimé 60 000€ et proposé à la vente par la galerie Didier Aaron
Contact :haaron@didieraaron.com

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Le cabinet de porcelaine du palais royal d’Aranjuez : focus sur un chef-d’oeuvre

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Au milieu du XVIIIe siècle l’Espagne a succombé, comme le reste de l’Europe, à la vogue des chinoiseries. En réaction contre le classicisme, artistes et ornemanistes vont puiser leur inspiration dans les récits des voyages, la littérature et les gravures mais également les porcelaines, laques et textiles importés d’Extrême-Orient pour créer un nouveau style de décoration aussi extravagant que raffiné. Les « cabinets chinois », au décor peint de scènes de la vie quotidienne et au riche mobilier, ainsi que les folies et fabriques de jardin imitant des pagodes, se multiplient dans les demeures princières européennes. Ils mettent en scène une Asie fantasmée dans un style coloré, léger et énergique, dont le succès ne se démentira pas jusqu’à l’orée du XIXe siècle et le triomphe du néoclassicisme.

Le cabinet de Porcelaine du palais royal d’Aranjuez © Patrimonio Nacional/Sophie Lloyd

Un roi amateur de porcelaine

Exécuté entre 1761 et 1765, le foisonnant décor du cabinet de porcelaine du palais d’Aranjuez fut commandé par le roi d’Espagne Charles III au sculpteur Giuseppe Gricci. Modeleur en chef de la manufacture royale de Capodimonte, créée à Naples en 1743, celui-ci prit ensuite la tête de la fabrique de Buen Retiro, installée à Madrid en 1760 après l’accession de Charles de Bourbon au trône d’Espagne. Il s’agit là de la première grande réalisation de la manufacture madrilène.
Entre 1757 et 1759, Giuseppe Gricci avait déjà réalisé pour le palais royal de Portici le petit salon en porcelaine de la reine Marie-Amélie de Saxe (transféré au XIXe siècle au palais de Capodimonte), un boudoir intégralement recouvert d’un décor en porcelaine dans le style chinoisant.

Le boudoir de porcelaine de la reine Marie-Amélie conçu pour le palais royal de Portici (remonté au palais de Capodimonte). Wikimedia Commons

Un décor exubérant

Sept grands miroirs et quatre de plus petites dimensions reflètent un décor en bas et haut relief de plaques de porcelaine fixées sur âme de bois couvrant la totalité des murs ainsi que la voûte. En partie basse des murs, des singes mangent des fruits ou jouent de la musique, entourés d’objets décoratifs, d’oiseaux exotiques, d’insectes et de guirlandes de fleurs.
Plus haut, entre les miroirs, de grands panneaux figurent des personnages chinois dans des scènes de divertissement ou du quotidien. Ici, un guerrier dit adieu à sa femme et à son fils avant de partir à la guerre ; là, un mandarin signe des documents ; là encore, un vendeur de perroquets, un groupe de musiciens, un père poussant ses enfants sur une balançoire…
Au-dessus des miroirs, des vases débordant de fruits, entourés d’un exubérant décor de branches et de lianes entremêlées, habitées par une faune exotique variée. Au plafond, quatre scènes mêlant inspiration chinoisante et iconographie pastorale dans de grands cartouches aux courbes rocaille.

Détail d’un grand panneau conçu par Giuseppe Gricci, 1761-1765 © Patrimonio Nacional/Sophie Lloyd

Un mobilier tout aussi précieux

Le grand lustre trônant au milieu de la pièce, lui aussi en porcelaine, prend la forme d’un palmier dont les racines forment les bras de lumière et au tronc duquel s’accrochent un personnage chinois ainsi qu’un singe l’imitant. Les six chaises, exécutées plus tardivement, sous le règne d’Isabelle II, s’harmonisent avec ce grouillant décor de motifs exotiques

Vue de l’une des six chaises qui complètent le décor du cabinet © Patrimonio Nacional/Sophie Lloyd

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La Maison Sublime à Rouen, un joyau du judaïsme médiéval

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L’aventure a commencé par la découverte, totalement confidentielle, d’un parchemin hébraïque provenant de la guenizah (dépôt de manuscrits hors d’usage) de la synagogue du Caire portant la mention de RDVM, transcription du nom latin de la ville de Rouen, Rodom. À partir de ce document et de dizaines d’autres qu’il exhume, le paléographe américain spécialiste des manuscrits hébreux et judéo-arabes Norman Golb reconstitue l’histoire des juifs de Rouen au Moyen Âge, affirmant qu’il existait de part et d’autre de l’actuelle rue aux Juifs de la ville une synagogue au sud et une académie rabbinique au nord, à l’emplacement de l’actuel palais de justice.

Sous les pavés… l’histoire de la ville de Rouen

Quatre mois après avoir publié ses recherches dans un livre en hébreu (Histoire et culture des juifs de Rouen au Moyen Âge, Dvir, Tel Aviv, 1976), coup de théâtre. Chargé de réaliser des travaux de pavage dans la cour du palais de justice de Rouen, un ouvrier d’une entreprise spécialisée dans la restauration des monuments historiques repère une cavité souterraine, que le chef de chantier identifie comme un édifice roman et qui s’avère être un mikvé (bain rituel juif). Consulté, l’architecte en chef des Monuments historiques Georges Duval demande à l’entreprise d’effectuer des sondages dans toute la cour, et le 13 août 1976 un second édifice d’époque romane est mis au jour, à l’endroit même où Norman Golb avait annoncé l’emplacement de l’école rabbinique (yeshiva en hébreu). Contacté, le professeur accourt, et reconnaît l’académie dont il avait parlé dans son livre et qui accueillait selon lui cinquante à soixante étudiants venus de toute la Normandie sur le modèle des académies de Narbonne, Mayence ou Troyes.

Mur nord et entrée de la tourelle d’escalier du monument juif © Jacques-Sylvain Klein/Métropole Rouen Normandie/Éditions Points de vues

Le plus ancien monument juif de France

Construit vers 1100 juste après la première Croisade, au cœur de l’ancien quartier juif de Rouen, cet édifice est le plus ancien monument juif conservé en France. Il est appelé Maison Sublime en raison d’un graffiti en hébreu trouvé sur l’un des murs qui reprend un verset du Livre des Rois (I, 9, 8) : « Que cette maison soit sublime. » La construction s’apparente, par son architecture et son décor, à l’abbatiale Saint-Georges de Boscherville toute proche, construite à la même époque probablement par le même atelier, selon l’historien Jacques le Maho et l’archéologue Maylis Baylé. « L’édifice, classé Monument historique en 1977, se présente comme un bâtiment semi-enterré dont on n’a conservé que la salle basse, ainsi que l’amorce de l’escalier intérieur et le bas du premier étage. Construit en belles pierres calcaires de Caumont, le bâtiment a d’harmonieuses proportions (14,10 mètres de long par 9,50 mètres de large) et des murs très épais (1,60 mètre en fondation, entre 1,30 et 1,50 en élévation) raidis par des contreforts qui suggèrent un bâtiment de plusieurs étages », explique l’historien d’art Jacques-Sylvain Klein.

Escalier datant du XIIe siècle © Jacques-Sylvain Klein/Métropole Rouen Normandie/Éditions Points de vues

Un bestiaire roman à découvrir

Fondée en 2007 de l’association La Maison Sublime de Rouen se bat pour sauvegarder et rouvrir au public ce patrimoine exceptionnel fermé depuis 2001. En effet, conservée jusque-là dans une crypte archéologique aménagée en 1977 par Georges Duval sous l’escalier de la cour d’appel de Rouen, la Maison Sublime a été visitée par un large public avant d’être fermée à la suite de l’instauration du plan Vigipirate en 2001. « La beauté du décor extérieur – vingt-neuf colonnes ornées de bases historiées, toutes différentes, la plupart à motifs géométriques – fond de cet édifice le plus pur joyau de l’architecture romane à Rouen. Encadrant la majestueuse porte d’entrée – 2,20 mètres de haut par 1,10 mètre de large –, deux bases de colonnes représentent l’une un lion renversé à une tête et à double corps, l’autre un dragon. Rappelons que le lion est le symbole de David et des rois de Juda », poursuit Jacques-Sylvain Klein.

Détail de la base de l’une des 29 colonnes qui composent le décor intérieur © Jacques-Sylvain Klein/Métropole Rouen Normandie/Éditions Points de vues

Vers une réouverture au public

Faute d’entretien depuis 2001, le monument s’est rapidement dégradé. Un taux d’humidité proche de 100 % dû à une mauvaise isolation de la dalle et à des remontées de la nappe phréatique a entraîné l’apparition de dépôts de sels et de bactéries sur les murs, provoquant un effritement de la pierre. L’association la Maison Sublime présidée par l’historien Jean-Robert Ragache a obtenu en 2012 la mise en route d’un projet de restauration et de mise en valeur et réuni depuis plus de 800 000 € auprès de l’État, des collectivités locales et de quatre fondations privées. Une souscription nationale lancée avec le concours de la Fondation du Patrimoine a également réuni près de 50 000 €. Sous la direction de l’architecte en chef des Monuments historiques Antoine Madelénat, des travaux d’assainissement et d’étanchéité ont été réalisés en 2018. L’association oeuvre aujourd’hui à la création d’une scénographie qui permettra de faire revivre le judaïsme médiéval à l’époque du royaume anglo-normand.

Poursuivez votre lecture avec cet entretien exclusif L’art des synagogues en France

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La Nef des fous de Jérôme Bosch : focus sur un chef-d’œuvre

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À l’occasion du 500e anniversaire de la mort de Jérôme Bosch (1453-1516), La Nef des fous, une peinture sur chêne conservée au musée du Louvre, a fait l’objet de la première restauration de son histoire. L’intervention a permis de révéler une part de son mystère : ce panneau qu’on a longtemps cru indépendant faisait en réalité partie d’un retable démembré, intitulé le Triptyque du vagabond. L’oeuvre du Louvre et le panneau La Débauche et le plaisir, conservé à New Haven, ne constitueraient en fait qu’un seul et unique panneau, destiné à la face intérieure du volet gauche de ce triptyque, dont le panneau central demeure inconnu.

Une allégorie de la gourmandise

Fidèle à l’iconographie moralisante chère à Bosch, le retable présentait les sept péchés capitaux tandis qu’un vagabond symbolisait le chemin périlleux de la vie sur le volet extérieur. Loin d’être – selon d’anciennes lectures – une interprétation picturale de La Nef des fous, le poème satirique de Sébastien Brant (1494), le panneau s’apparente plus simplement à une allégorie de la gourmandise.
Sur une nef à la dérive, une assemblée hétéroclite – un franciscain, une nonne, un fou, quelques goinfres paillards… – festoie et se dispute un gâteau pendu à un fil ainsi que quelques cerises, qui symboliseraient, à l’instar du luth, l’impudicité. Sur la droite de ce frêle esquif, un homme vomit, vision grotesque qui renvoie à la nausée caractérisant nombre de damnés dans les vastes compositions de Bosch.

Jérôme Bosch, La Nef des fous vers 1500-10, huile sur bois, 58,1 x 32,8 cm, Paris, musée du Louvre.

Enfer ou Paradis

L’autre panneau, La Débauche et le plaisir de New Haven, présente un personnage ventru juché sur un tonneau, tel un monarque de carnaval, et un couple qui s’embrasse sous une tente. Ils stigmatisent, à travers l’ivresse et la luxure, la corruption foncière de la société et le culte de la volupté. Sur le volet opposé du triptyque, La Mort et l’avare offrait une condamnation de la cupidité. Cet autre manquement à la mesure clôt tragiquement ce chemin des vanités.
Pour Jérôme Bosch, la morale religieuse se double d’une morale sociale, les péchés sont des folies nuisibles tant à l’individu – qui court ainsi à sa perte – qu’à la collectivité – qui doit les réprimer afin de préserver l’ordre social. Cette conception se fait directement l’écho des enseignements de la Devotio Moderna, un nouveau courant de spiritualité né aux Pays-Bas, fondé sur la piété intériorisée et la responsabilité personnelle, et qui invite chacun à orienter son destin vers le salut ou la damnation, le Paradis ou l’Enfer.

Jérôme Bosch, La Débauche et le plaisir vers 1500-10, 34,9 x 30,6 cm, New Haven, Yale University Art Gallery.

Apprenez-en davantage avec notre article exclusif Jérôme Bosch, entre diables et délices

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Le Salon du dessin chez vous : Le Corbusier, entre purisme et plaisir des sens

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Puriste ? Vous avez dit puriste ? Cet adjectif correspond au style artistique lancé par Amédée Ozenfant (1886-1966) et Charles-Édouard Jeanneret dit Le Corbusier au sortir de la Première Guerre mondiale. Comme les artistes de l’École de Puteaux, Ozenfant veut se démarquer du cubisme de Braque et Picasso. Avec Le Corbusier, ils expliquent leur point de vue dans leur texte « Après le cubisme », écrit en 1918, et dans le magazine L’Esprit Nouveau et dans l’essai « La Peinture moderne », publié en 1925.

Le purisme : doctrine et matière

Finies les constructions complexes du cubisme avec l’infinité de points de vue sur un objet. Place aux formes simples et aux machines à la plastique parfaite (il faut rappeler qu’Ozenfant a étudié l’architecture et s’est passionné pour la mécanique au point de redessiner l’Hispano-Suiza grand sport modèle en Hispano-Alphonse XIII grâce au soutien du roi d’Espagne). Ozenfant considère qu’il faut créer la « grammaire générale de la sensibilité de l’homme moderne », c’est-à-dire inventer un système de composition organisé en schémas orthogonaux et réalisé suivant une manière stricte et contrôlée.

« Le tableau est comme une machine. Le tableau est un dispositif à émouvoir ».

Le purisme s’attache donc à la représentation des objets de la vie quotidienne (bouteille, verre, livre, guitare) mais ceux-ci sont simplifiés et affichent des contours précis qui s’emboîtent les uns dans les autres, puis glissent les uns sous les autres jusqu’à rendre difficile la lisibilité. La composition est stable, frontale, inspirée des dessins d’architecture et du dessin industriel. Les couleurs sourdes sont posées en aplats et l’artiste efface tout trait de pinceau pour neutraliser les effets gestuels. Le purisme se développe de 1918 à 1925.

L’esprit nouveau dans tous les domaines

Sous la bannière du purisme, on peut placer différentes créations : de la peinture (Le Chauffeur nègre de Fernand Léger de 1919, même si Léger n’est pas explicitement puriste), de l’architecture (la villa-atelier d’Ozenfant construite par Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret au 53, avenue Reille, dans le XIVe arrondissement à Paris), de la photographie (Compositions abstraites de Florence Henri de 1927) et du design (le fauteuil pivotant B302 de Charlotte Perriand de 1927). On peut même rapprocher de cette esthétique sérieuse et sévère les créations de Willi Baumeister et d’Oscar Schlemmer, réalisées dans le cadre du Bauhaus en Allemagne, ou celles des artistes précisionnistes américains comme Charles Demuth ou Charles Sheeler.

Le Corbusier, Maison-atelier du peintre Amédée Ozenfant, Paris, France, 1922. DR

Portrait de femme, nature morte ou mise en abyme ? 

Le pastel de Le Corbusier, présenté par la galerie Zlotowski, représente une femme debout, tête de trois quarts, vue partiellement en plongée. Devant elle, une table est dressée avec un verre, une fourchette, un bout de ficelle et une bouteille, tous clairement identifiables. Certains objets, comme la bouteille, sont plus grands que nature. La femme et la nature morte sont placées devant un décor constitué aux deux tiers par un sol de couleur sable, le restant étant occupé par un bord de mer avec rochers, eau et bateau (la coque de celui-ci est d’ailleurs étrangement constituée du col de la sorte de carafe posée à gauche de la table). Tous les plans sont rabattus pour former une sorte de papier peint en deux dimensions.

Le Corbusier, Femme et Nature morte, 1932, pastel sur papier, 56 x 54 cm, galerie Zlotowski. Estimation : 105 000€

« Ce dessin est très intéressant, assure Yves Zlotowski, car il mêle une composition puriste d’objets (typique de Le Corbusier des années 1920) et un nu féminin (son sujet favori dans les années 1930, après le purisme et sa rupture avec Ozenfant). Bref, un dessin de transition entre un Le Corbusier rigoureux et inventeur d’une doctrine et un Le Corbusier plus hédoniste et sensible ». Son prix est de 105 000 euros. Reste, pour moi, une énigme : qu’est donc l’éclisse posée sous la table ? On dirait un papillon métallique pour régler la hauteur d’un chevalet. Si tel est le cas, ce dessin d’une Femme et nature morte se transforme en la représentation d’un tableau placé sur un chevalet.

 

Femme et Nature morte de Le Corbusier est estimé 105 000 euros et proposé à la vente par la galerie Zlotowski.
Contact : info@galeriezlotowski.fr Apprenez-en davantage avec notre article exclusif Nouveau regard sur Le Corbusier

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Alexander Calder : dialogue avec Picasso #1 [podcast]

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Pour écouter le second épisode, consacré aux regards croisés de Calder et Picasso, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’exposition « Calder-Picasso », organisée par le Musée national Picasso Paris du 19 février au 25 août 2019.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Les années parisiennes de Calder

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Alexander Calder : dialogue avec Picasso #2 [podcast]

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Pour écouter le premier épisode, consacré aux regards croisés de Calder et Picasso, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’exposition « Calder-Picasso », organisée par le Musée national Picasso Paris du 19 février au 25 août 2019.

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L’Escaut en amont d’Anvers par Théo Van Rysselberghe : focus sur chef-d’œuvre

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Membre actif de l’avant-garde bruxelloise au sein du groupe des XX fondé en 1883, Théo Van Rysselberghe (1862-1926), peintre, graveur et illustrateur d’origine belge, rencontre Seurat en 1886 et adopte la technique du divisionnisme dès 1888. Avec elle, il exécute au début de la décennie suivante un ensemble de tableaux dont l’économie de moyens n’a d’égal que le raffinement.

Crépuscule en bleu et jaune

Ainsi cette vue de l’Escaut repose-t-elle uniquement sur la combinaison de deux couleurs, le jaune et le bleu, déclinées en différentes nuances. Réparties sur l’ensemble de la surface, dans des proportions variables suivant les zones, elles traduisent une lumière douce et chaude de fin de journée, quand l’ombre et la lumière s’équilibrent harmonieusement. Avant que la première ne l’emporte, le soleil brille de ses derniers feux, éclairant la surface miroitante de l’eau qui se fait alors pur éclat lumineux, un éclat d’autant plus intense que le fleuve occupe ici plus des deux tiers de l’espace pictural et que la bande de terre de la rive opposée ne marque qu’une fine ligne de partage entre le ciel et l’eau.

Théo Van Rysselberghe, L’Escaut en amont d’Anvers, 1892, huile sur toile, 68 x 90 cm, collection particulière.

Rysselberghe construit une harmonie visuelle

Comme pour contenir cette dissolution du paysage dans la lumière, quelques éléments confèrent à l’harmonie visuelle et au sentiment de plénitude exprimé ici leur charge de réel : la maison et le voilier indiquent des présences humaines, sur la terre ferme comme sur l’eau ; le mouvement qui anime le second rend l’eau et l’air palpables ; les quatre poteaux lui impriment un rythme ; sortant de l’eau, ils en marquent la surface et la profondeur, la densité physique.

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Le Salon du dessin chez vous : Auguste Herbin ou la libération de la couleur

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C’est en 2013, au musée Matisse du Cateau-Cambrésis qu’a eu lieu la dernière rétrospective de l’œuvre d’Auguste Herbin (1882-1960). Quoi de plus naturel pour un enfant du pays car, même s’il est né à Quiévy, à 10 kilomètres du Cateau-Cambrésis, c’est dans cette ville qu’il passe son enfance. Ses études artistiques, il les fait à l’Académie des Beaux-Arts de Lille de 1898 à 1901 dans l’atelier de l’artiste académique Pharaon de Winter, auteur de grands tableaux d’église et de portraits graves.

La révélation cubiste et au-delà

Très vite, Auguste Herbin file à Paris. Il peint dans le style postimpressionniste, courant à l’époque. Il expose au Salon des indépendants en 1906 et, trois ans plus tard, c’est le choc. Il vient de rencontrer Picasso et Braque, tous deux encore étonnés de l’impact de leurs propositions cubistes sur la jeune génération. « Cette simplification terrible qui a porté le cubisme sur les fonts baptismaux, rappelle Bernard Zurcher avec clairvoyance, est responsable en grande partie d’un véritable mouvement dont ni Braque, ni Picasso ne voulaient assumer la responsabilité. Un mouvement dont les théoriciens (Albert Gleizes et Jean Metzinger) ne dépasseront guère les bizarreries cubiques stigmatisées par Vauxcelles ». Dans ces années 1910, tout le monde fait du cubisme, décompose et recompose la réalité, se joue des facettes et des volumes éclatés. Herbin fait comme les autres post-cubistes. Il est soutenu par le critique d’art allemand Wilhelm Uhde, qui collectionne Braque et Picasso et défend Marie Laurencin.

Aguste Herbin dans l’atelier de Picasso en 1911. Wikimedia Commons

Du camouflage à l’abstraction

En 1912, Herbin participe à l’exposition de la Section d’or à la galerie La Boétie avec les membres du groupe de Puteaux, réunis dans l’atelier de Marcel Duchamp et de son frère ainé Jacques Villon. Tous viennent du cubisme mais ils veulent s’en distinguer, élaborant un principe harmonique où les formes sont régies par le nombre d’or de la Renaissance, d’où le terme de Section d’or, et par des tracés régulateurs. Dès que la Première Guerre mondiale éclate, Herbin est affecté à la décoration d’une chapelle militaire à Mailly-le-Camp, dans l’Aube, puis dans l’atelier camouflage, dirigé par le peintre Lucien-Victor Guirand de Scevola, pour imaginer des toiles bariolées capables de se fondre dans la nature. Ces recherches tendant vers l’abstraction vont-elles influencer son travail personnel ? Dès 1917, Herbin produit ses premières toiles abstraites que Léonce Rosenberg, le directeur de la galerie de L’effort moderne, va exposer dans les années suivantes.

Auguste Herbin, Sans titre (1926), crayon, gouache, gouache et aquarelle sur papier. Proposé à la vente par la galerie Rosenberg & Co. Estimation : 28 000 euros.

Nouvelles recherches dans l’esprit de Miro

Mais en 1919, Herbin se lance dans des peintures sur bois géométriques en relief. Il veut faire des objets monumentaux. Incompréhension de la part du public et de la critique. Il se retire au Cateau-Cambrésis, épouse Louise Bailleux en 1922 et revient, côté peinture, à un style plus figuratif. Ces années de retrait vont être également l’occasion pour Herbin de faire des recherches graphiques à partir de formes simples, d’aplats de couleurs pures et de lignes souples.
De cette période date sans doute ce dessin aux tonalités joyeuses, où les formes s’entrecroisent avec des plans de couleur. Un peu comme dans certaines toiles de Miro du milieu des années 1920, peuplées de disques, cônes, équerres et ondulations. Ici, rien d’aussi précis. Pas d’éléments pris au réel. Ce ne sont que des plans colorés, parfois d’une égale intensité pour les aplats à la gouache, parfois avec de subtiles variations dues à l’emploi de l’aquarelle. Les couleurs sont savamment réparties, même si les bleus dominent. Quelques effets de volumes apparaissent avec l’emploi de hachures au pinceau. Restent les deux mystérieuses zones blanches, scandées de traits gris, qui rappellent des partitions musicales. Mais Herbin, en ces années 1910-20, n’était-il pas proche d’Henry Valensi, le peintre musicaliste, fou de rythme et de couleurs ?

Cette oeuvre d’Auguste Herbin est proposée à la vente par la galerie Rosenberg & Co. et estimée environ 28 000 €.
Contact : (info@rosenberg.com)

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Art aborigène : spiritualités contemporaines à la Fondation Opale

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Le 9 juin 2019, il régnait une atmosphère des plus surréalistes dans la petite ville suisse de Lens, à un battement d’ailes de la station chic de Crans-Montana. Dans le beau bâtiment de verre dessiné par l’architecte suisse Jean-Pierre Emery (qui abritait autrefois la Fondation Pierre Arnaud), une délégation féminine de peintres aborigènes issues des sept centres d’art des APY Lands avait fait le voyage pour accompagner l’accrochage de leur toile sur les cimaises de la Fondation Opale, tout juste inaugurée.

Un embrasement de couleurs et de tourbillons psychédéliques

La toile cristallisait alors tous les regards, déroulant, dans un embrasement de couleurs et de tourbillons aux accents psychédéliques, l’histoire des Sept Sœurs, l’un des récits mythologiques qui ont façonné la mémoire et l’identité de leur communauté. « Bien plus qu’un tableau au sens de notre jugement occidental, c’est une prière commune, un chant cérémoniel », expliquait Bérengère Primat, au moment même où l’une des artistes exécutait une danse en brandissant un bâton, selon un rituel exprimant la joie du retour… L’émotion des retrouvailles était alors palpable entre la présidente de la Fondation Opale, tombée amoureuse de la culture et de l’art aborigènes qu’elle collectionne depuis plus de quinze ans, et ces femmes peintres dont la jubilation créatrice et l’intense spiritualité sonnaient comme une évidence.

Vue du bâtiment de la Fondation Opale ©DR

« J’ai découvert cet art pour la première fois en 2003 lors d’une exposition au Passage de Retz, à Paris, intitulée « Wati : Les Hommes de Loi ». Cela a été un choc immense… Je me suis mise aussitôt à lire un nombre impressionnant de catalogues pour essayer de comprendre ces concepts de création, si différents des nôtres. J’ai rencontré le commissaire de cette exposition, Arnaud Serval, qui est devenu mon époux, et j’ai décidé de partir avec lui en Australie, dans le Désert central. J’ai alors commencé à acheter des œuvres, notamment celles des trois frères Tjapaljarri que l’on a appelés “ les derniers nomades ” car ils ne sont sortis du Bush qu’en 1986 : Thomas, Walala et Warlimpirrnga », raconte avec simplicité celle qui n’est autre que l’arrière-petite-fille de l’industriel Marcel Schlumberger et la petite-nièce de la collectionneuse Dominique de Ménil…

Le désir de créer sa Fondation

Bien des années plus tard, au moment où prend forme le désir de créer sa Fondation, Bérengère Primat repart en Australie avec ses enfants pour une longue odyssée sur les terres aborigènes. « Au-delà d’une découverte esthétique, ma relation au peuple aborigène est une aventure humaine. Au contact de ces hommes et ces femmes, je me sens connectée à moi-même, à leur terre, aux autres, au cosmos. Je ne me définis d’ailleurs pas véritablement comme une collectionneuse ; cela me paraîtrait irrespectueux. Je trouve bien plus intéressant de participer et d’aider à la création », explique ainsi cette femme généreuse et passionnée.

Vue de l’exposition « Before Time Began. Aux origines de l’art aborigène contemporain », présentée à la Fondation Opale jusqu’au 29 mars 2020 ©O.Maire

Une ambassade de l’art aborigène

Car pour cette grande amatrice d’art contemporain, les peintres et sculpteurs aborigènes sont aussi et surtout des artistes à part entière, qu’il serait absurde d’enfermer dans une grille de lecture anthropologique et de couper de leurs homologues contemporains. Tirant son nom d’une pierre particulièrement prisée des Aborigènes, la Fondation Opale entend ainsi faire connaître et rayonner cet art en dehors de ses frontières. « J’aimerais offrir aux artistes une plate-forme, un endroit où ils se sentent chez eux, une sorte de pied-à-terre où ils puissent s’exprimer. Avec Georges Petitjean, le conservateur de la collection qui compte quelque huit cents œuvres, nous caressons ainsi le rêve que cette fondation devienne un centre culturel de l’art aborigène, son ambassade en quelque sorte », surenchérit la collectionneuse.

Loin d’être un simple lieu d’exposition, la Fondation Opale accueillera ainsi chaque année un artiste en résidence, organisera des conférences afin que les peintres aborigènes puissent parler eux-mêmes de leur travail, et tissera des collaborations avec des écoles d’art suisses. « Notre ambition est de créer aussi une bibliothèque et, dans le futur proche, un centre de recherche », ajoute Bérengère Primat, fière de voir dialoguer sur les cimaises de sa fondation d’éclatantes compositions qui reflètent l’extraordinaire inventivité formelle des plasticiens aborigènes.

Mick Kubarkku, L’ancêtre crocodile, 1925-2008, 55,5 x 21,5 cm, 1973, ocres naturelles sur écorce © 2019, ProLitteris, Zurich. Crédits photos © Vincent Girier-Dufournier

Ici, un panneau d’écorce de la Terre d’Arhnem, dans le Territoire du Nord, sur lequel le grand John Mawurndjul a réalisé une vision saisissante de la première cérémonie secrète de ses ancêtres : leurs faciès crayeux rappellent étrangement le visage spectral du Cri de Munch. Là, une composition cosmique de l’artiste Gulumbu Yunupingu (1945-2012) évoquant le Garma, ce lieu mythique où tout le monde peut venir se reposer en regardant les étoiles. Plus loin, une toile aux vibrations hypnotiques d’Emily Kame Kngwarreye (1910-1996) dont les points lumineux suggèrent le tracé des peintures corporelles. « On a comparé la touche d’Emily Kame à celle des impressionnistes. Mais les paysages qu’elle peint sont dans en état d’être permanent, et non dans un état fixé dans le temps », précise néanmoins Georges Petitjean, historien de l’art, lui aussi tombé amoureux de cette culture et de cet art trop souvent enfermés par les ethnologues dans ce concept si difficilement traduisible qu’est « Le Temps du Rêve ». Par cette expression trompeuse (Dreaming en anglais, Tjukurpa dans la langue pitjantjatjara), les Aborigènes désignent en réalité cette période lointaine et immuable durant laquelle des êtres mythiques, mâles ou femelles, surgirent de la terre pour façonner le paysage et le ciel, avant d’apparaître aux premiers hommes. C’est aussi, selon la jolie expression de l’historien de l’art australien Wally Caruana, un « espace-temps qui n’a rien à voir avec un état de rêve ou de sommeil », un corpus inépuisable de croyances et de concepts auxquels, depuis des millénaires, les Aborigènes ne cessent de se référer pour se « nourrir » physiquement et spirituellement.

Long Jack Phillipus Tjakamarra, Rêve d’eau à Kalipinypa, c. 1938-1992, 196 x 171 x 2,2 cm, 1974, acrylique sur toile de coton ©Fondation Opale

Squelettes et esprits

Ainsi, rien de moins dénaturé et de moins statique que cet art aborigène qui semble faire le grand écart entre pratiques millénaires et expériences avant-gardistes. Utilisant les supports les plus variés (panneaux d’écorce, toiles et pigments acryliques, mais aussi sculptures, poteries, tissages et, plus récemment, photographies), les artistes mettent en scène les plantes et les animaux totémiques de leur territoire, relatent les histoires de leur famille et de leur clan, transposent sur la toile les motifs secrets autrefois réservés aux parois rocheuses, aux peintures des corps et aux objets cérémoniels. Hantées de squelettes et d’esprits, peuplées de crocodiles et de kangourous, traversées d’éclairs et de boules de feu, scandées de trous d’eau et de rivières, leurs œuvres sont des prières visuelles, des opéras polyphoniques, des territoires picturaux et sacrés. Bérengère Primat, quant à elle, s’autorise ce joli rêve : « J’aimerais que le public qui se rend à la Fondation Opale éprouve, à son tour, l’émotion que j’ai ressentie moi-même il y a quinze ans. Au-delà des discours, l’art aborigène doit rester avant tout une expérience physique et sensorielle ».

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Coronavirus : Les galeries d’art passent en mode virtuel

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Comment visiter une exposition déjà montée dans une galerie privée sans vous lever de votre canapé ? De Paris à Londres ou New York, tous les marchands ont cherché à vous faciliter le travail pour vous convaincre de venir voir les dernières œuvres de leurs poulains, qui sont déjà sur leurs murs.

Trois expos d’artistes contemporains dématérialisées

Prenons les exemples de la galerie Jeanne Bucher Jaeger, qui devait ouvrir l’exposition « Seeing » de Michael Biberstein du 7 mars au 30 mai, de la galerie Templon avec les broderies de Billie Zangewa du 14 mars au 9 mai, et de la galerie Max Hetzler, qui avait annoncé une présentation des peintures d’Ida Ekblad du 21 mars à fin juin. Dans les trois cas, tout est en ligne. Photographies des accrochages, œuvres avec leurs cartels, fiche de l’artiste avec sa biographie, ses expositions personnelles à la galerie ou dans des musées, articles de presse et parfois même des vidéos leur donnant la parole (écoutez la passionnante interview d’Edmund de Waal sur le site de la galerie Max Hetzler) ou permettant de visualiser les œuvres dans l’espace (ne manquez pas celle du Arimafuji Park avec les sculptures de Susumu Shingu à Hyogo, au Japon sur le site de la galerie Jeanne Bucher Jaeger).

Accrochage virtuel de dessins pour vente en ligne

Autre possibilité, il n’y a pas d’exposition dans la galerie mais celle-ci invente un accrochage d’œuvres de manière virtuelle. En prônant sur son site « L’art est le seul virus à partager », la galerie Denise René, à Paris, donne le ton et crée des expositions en ligne. Sa première exposition est un accrochage d’œuvres sur papier, que l’on peut découvrir sur Artsy depuis le 25 mars et pendant trois semaines. Le système est simple : quatorze œuvres sont regroupées. Il s’agit de dessins d’artistes historiques comme Sonia Delaunay et Marcelle Cahn ou de plus jeunes comme Étienne Rey et Anne Blanchet.
Chaque dessin est accompagné de sa légende technique et de son prix, le tout bien aligné sur votre écran. Si vous voulez en savoir davantage sur l’artiste, des renseignements biographiques et la liste de ses dernières expositions apparaissent facilement. Vous pouvez obtenir également les photographies des autres œuvres du même artiste à vendre ainsi que leurs prix. Cerise sur le gâteau, en appuyant sur la photographie de l’œuvre, vous découvrirez une icône magique intitulée « View in room », qui vous permettra de visualiser l’œuvre dans l’espace, estimer ainsi sa taille sur un mur de la galerie et d’imaginer ce que cela donnera chez vous.

Vue avec simulation d’accrochage d’une oeuvre graphique sur le site de vente Artsy – Galerie Denise René

L’art brut abstrait à 360°

Enfin, certaines galeries vont encore plus loin. Pour preuve, la galerie Christian Berst à Paris qui présente « in abstracto #2 », le second volet d’une exposition collective regroupant des artistes comme Josef Hofer, Beverly Baker ou Leopold Strobl. La galerie étant fermée depuis le 15 mars, elle propose une visite virtuelle à 360°, qui permet de visiter cette exposition sur l’art brut abstrait à son rythme, sans gêne ni bruit. On peut circuler à sa guise, zoomer sur les œuvres, aller à gauche, aller à droite, revenir sur ses pas. Et sur le côté droit de l’écran, une série de photographies fixes vous permettent d’avoir les œuvres avec une définition parfaite. « Nous y avons introduit pour la première fois, explique Christian Berst, les dessins ondulatoires de Julius Bockelt, les tracés giratoires de Séverine Hugo ou les graphiques elliptiques d’Alexandre Vigneron, auxquelles viennent s’ajouter d’autres pépites remarquables comme ces « divines marques » de Frédéric Bruly-Bouabré, ces étoiles bleues siamoises de Johann Hauser, cette composition hiératique de Vlasta Kodrikova ou encore ce magnétique assemblage du Philadelphia wireman ». Une formidable visite de substitution.

Visite virtuelle de l’exposition « in abstracto #2 » à la galerie Christian Berst

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Boucher, Cézanne, Poussin en dessins, l’âme de la collection Prat

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La vie des dessins est semée de périls. Consultés, copiés, calqués dans l’atelier, ils s’estompent, se maculent, se froissent, se déchirent. Leur survie tient du miracle. Il est pourtant des dessins heureux : ceux qui, croisant le regard amoureux d’un amateur, trouvent asile dans une collection. Nous avons rencontré de ces dessins heureux chez Véronique et Louis-Antoine Prat.

Une passion partagée

Pour les Prat, l’aventure a commencé dans les années 1970. Docteure en histoire de l’art, rédactrice en chef Culture du « Figaro Magazine », Véronique a fait sensation par ses articles sur les plus grandes collections privées internationales. Quant à Louis-Antoine, après des études littéraires et Sciences Po, il s’est tourné lui aussi vers l’histoire de l’art. Admirée au Cabinet des dessins dans le cadre feutré d’un séminaire de l’École du Louvre, la Vue du val d’Arco de Dürer a éveillé leur passion. Le couple achète ses premières feuilles. Commencent les visites chez les grands marchands parisiens comme Paul Prouté ou De Bayser et la fréquentation de l’Hôtel Drouot. Pour Louis-Antoine, devenu l’un des meilleurs spécialistes de son domaine, cette passion débouche sur une étroite association avec le musée où tout a commencé : chargé de mission au Cabinet des dessins du musée du Louvre, il publie des inventaires, participe aux grandes expositions. Enseignant pendant dix ans l’histoire du dessin à l’École du Louvre, il préside aujourd’hui la Société des amis du Louvre.

De l’instinct et beaucoup de travail

Le travail du collectionneur est celui d’un enquêteur, qui doit vérifier son intuition par un travail d’analyse, de documentation, de comparaison. Pour un dessin paraphé par l’artiste, comme ce Satyre de François Boucher, combien de feuilles anonymes ! Dessinateur prolixe, Boucher retouchait aussi les dessins de ses enfants. Au connaisseur de mettre de l’ordre dans ce fatras ! « Le duc d’Aumale pensait posséder cent Poussin, achetés avec la collection de dessins anciens formée par Frédéric Reiset, conservateur au Louvre, raconte Louis-Antoine Prat. Mais l’histoire de l’art a fait des progrès. Lorsque Pierre Rosenberg et moi avons fait le catalogue raisonné des dessins de Poussin, nous n’en avons gardé qu’une trentaine. Aujourd’hui nous arrivons à identifier la main des satellites de Poussin, Claude Mellin, Jean Lemaire, Charles-Alphonse Dufresnoy… »

Prat appartient à cette lignée de grands collectionneurs érudits, tels Pierre-Jean Mariette au XVIIIe siècle, Reiset ou Philippe de Chennevières, conservateur du musée du Luxembourg, au siècle suivant. La fréquentation du Louvre a placé la barre très haut. Dans l’enthousiasme des débuts, les Prat achetaient « tout », toutes les écoles, tous les siècles (ils ont possédé jusqu’à mille dessins) mais aussi des peintures, des sculptures. Puis leur ambition s’est concentrée : la France, parce que le terrain était plus familier, du XVIIe au XIXe siècle, parce que les grands noms du XXe font « des prix fous ». Ces limites posées, ils ne retiennent que la quintessence. On ne sera pas étonné de savoir que douze de leurs dessins appartiennent déjà au Louvre, légués sous réserve d’usufruit. Malgré quelques beaux paysages, leur goût les mène vers la représentation de la figure humaine, avec une prédilection pour les esquisses de peintures : rien moins que le dessein de l’artiste.

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Le Songe d’Ossian, XIX
e siècle, plume et encre brune, aquarelle,
mis au carreau au graphite, trait d’encadrement à la plume et encre brune, 30,5 × 30,2 cm ©collection Prat

Le prix de l’excellence

Ce florilège de trois siècles d’art français, de Jacques Callot à Georges Seurat, compte à peine plus de deux cents feuilles aujourd’hui. Il n’a cessé de s’affiner. Des sacrifices ont été consentis. Pour un Poussin majeur, L’Enlèvement de Proserpine, les Prat ont vendu tous leurs dessins du XXe siècle ! Un seul WatteauFemme auprès d’un berceau, a « coûté » une autre centaine de dessins. Les Cézanne, les Seurat ont eux aussi déclenché des coupes sombres. L’excellence est à ce prix. Tous les plus grands sont ici réunis. Le poétique Laurent de La Hyre, Callot et ses gueux, Poussin, Le Brun et les maîtres du décor versaillais, Watteau, Boucher et Fragonard, Greuze mais aussi les adeptes du néoclassicisme naissant.

Voici, pour le XIXe siècle, Prud’hon dans toute sa grâce souriante, avec Psyché ou La Fortune, Gros, Girodet, Géricault et le saisissant Assassinat de Fualdès, le plus tragique de ses dessins consacrés à ce crime célèbre, Ingres qui occupe tout un pan de mur, Delacroix, entre l’évanescente Amoureuse au piano et le Cheval ruant, qui appartint à Degas, Chassériau, Corot, Millet, une rarissime étude de Manet pour un tableau religieux disparu, et encore Rodin, Toulouse-Lautrec

Eugène Delacroix,
L’Amoureuse au piano, pinceau et lavis brun ©collection Prat

Trois siècles de chefs-d’œuvre

Ce qui rend la collection si émouvante, c’est que ces grands noms, loin d’être isolés dans leur splendeur, sont replacés dans la trame vivante de leur temps. Le Grand Siècle de Poussin et Le Brun se clôt avec Antoine Dieu, artiste méconnu avant que Louis-Antoine Prat ne s’y intéresse, chaînon manquant entre ces grands aînés et l’art d’un Watteau qu’il influença.

Le XVIIIe siècle réserve également de splendides surprises, de Trémolières à Dandré-Bardon, ou encore cette Jeune Femme de Claude Hoin, vivace et fraîche comme une rose au matin. Les dessins magistraux de Jacques-Louis David voisinent avec La Mort d’Alceste de Peyron, pionnier du retour à l’antique et rival malheureux de celui-ci au Salon de 1785, ou une étonnante feuille d’Armand-Charles Caraffe, artiste puissant et rare. Les « pompiers » vous ennuient ? On découvre parmi les académiciens jadis honnis de la seconde moitié du XIXe siècle de merveilleux dessinateurs comme Alexandre Cabanel ou Paul Baudry, décorateur inspiré du foyer de l’Opéra de Paris.

Alexandre Cabanel, Un homme et deux femmes dansant dans les airs, sanguine ©collection Prat

Dans une de ses nouvelles, car il est aussi écrivain, Louis-Antoine Prat imaginait le supplice d’un collectionneur, obligé après sa mort de revivre éternellement la vente de sa collection. Souhaitons-lui, et à son épouse, un supplice plus doux, celui de revivre cette exposition. Par-delà les écoles, les styles, les manières, elle révèle la cohérence de leurs choix, elle éclaire ces liens indicibles tissés entre les œuvres, qui font l’âme d’une collection.

Découvrez les autres articles parus dans notre numéro d’avril. « Christo emballe Paris » « La Samaritaine : renaissance d’un chef-d’œuvre de l’Art Nouveau » « Sublime Nature : Turner du dessin à la toile »

Accessible également en version PDF

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En attendant le Salon du dessin : Le Pho, quand l’art vietnamien rencontre Fra Angelico

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Depuis quelques années, on voit apparaître au gré des ventes aux enchères, ou en galeries, nombre d’œuvres de Le Pho, cet artiste vietnamien né dans la région de Ha Tay en 1907 et mort à Paris en 2001. Aux côtés de Vu Cao Dam, Hoang Tich Chu et Le Thi Luu, entre autres, Le Pho est l’un des importants créateurs vietnamiens modernes. Il fait le pont entre l’Orient et l’Occident et rappelle l’importance de l’école de Hanoï.

L’Ecole d’Hanoï : au croisement de l’Asie et de l’Europe

L’essor de la peinture à l’huile au Vietnam est effectivement lié à la création de l’École supérieure des Beaux-Arts de l’Indochine à Hanoï. Deux personnages en sont à l’origine. D’un côté Victor Tardieu, qui avait été formé à l’École des Beaux-Arts de Lyon, était parti s’installer en Indochine et y avait peint une toile de 180 m², intitulée La Métropole, pour le grand amphithéâtre de l’université. D’autre part, le peintre Nguyen Nam Son, formé à la calligraphie chinoise, illustrateur pour divers journaux locaux, et qui rencontre Victor Tardieu en 1921. Tous deux créent l’école et Tardieu en reste l’administrateur jusqu’en 1936. Celle-ci a joué un rôle important dans la formation des artistes mais aussi dans le rapprochement avec la peinture européenne car son directeur, Victor Tardieu, avait étudié dans l’atelier de Gustave Moreau en compagnie de Matisse et de Rouault. Plusieurs artistes français sont partis enseigner là-bas, comme Alix Aymé et Joseph Inguimberty, qui enseignent la laque.

Victor Tardieu devant sa fresque La Métropole dans l’amphithéâtre de l’Université d’Hanoï, 1924-1925. DR

Début de carrière en Indochine

Mais venons-en à Le Pho. Né en 1907 près de Hanoi, Le Pho est le fils du tông-dôc, le gouverneur de la province de Ha Tay. Son enfance a été marquée par la disparition de sa mère alors qu’il n’était âgé que de trois ans. Il est élevé par son frère aîné, suit les cours traditionnels de calligraphie et de peinture avant d’entrer au lycée. En 1923, il entre à l’école professionnelle créée à Hanoi pour former les Vietnamiens aux métiers d’art et dirigée par Gustave Hierholtz. Il y suit des cours de peinture sur soie et l’art du laque mais apprend également les techniques européennes.
Dès la création de l’École des Beaux-Arts d’Indochine, il y est admis et en sort diplômé en 1930. Il réalise alors une huile sur toile représentant une scène vietnamienne, toile qui est installée ensuite à la Maison des étudiants de l’Indochine à la Cité internationale universitaire de Paris. Au même moment, il enseigne le dessin au Lycée du Protectorat et au Lycée Albert Sarraut. Il reçoit même des commandes privées (paravents de laque) et publiques (grandes décorations pour le Palais du Gouverneur).

Le Pho et le marchand d’art Wally Findlay à la galerie Findlay, vers 1960. Wikimedia Commons/Musée Annam

L’appel des grandes expositions

Sur l’invitation de Victor Tardieu qui lui demande de devenir son assistant, Le Pho participe à l’Exposition coloniale de 1931 à Paris. Il travaille sur le Salon de laque du Pavillon d’Angkor avec d’autres jeunes artistes comme Le Van De, Thang Tran Penh, Do Du Thun et To Ngoc Van. Au sein de ce pavillon, ils peuvent également présenter leurs œuvres personnelles dans un espace réservé aux élèves de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine. Le Pho en profite pour suivre des cours aux Beaux-Arts de Paris et voyage en Belgique, Pays-Bas et Italie. Il tombe en admiration devant les peintres primitifs. À son retour au Vietnam en 1933, il tire les leçons de ses découvertes en Europe mais veut encore compléter sa formation en séjournant à Pékin l’année suivante pour étudier la peinture traditionnelle chinoise. En 1937, il s’installe définitivement à Paris car cette fois-ci, pour l’Exposition Internationale, c’est lui qui est en charge de superviser la section d’Indochine. Le critique d’art Waldemar-George le repère (« L’œuvre de Le Pho n’est pas un compromis entre l’art vietnamien d’origine chinoise et l’art occidental. C’est une fusion de deux mentalités, de deux mondes et de deux continents ») et Le Pho peut enfin exposer en galerie. André Romanet l’invite à présenter ses œuvres dans sa galerie d’Alger aux côtés de Marquet et Dufy (informations données par l’Association des Anciens du lycée Albert Sarraut de Hanoï grâce à l’aide de Paulette Le Pho, l’épouse de l’artiste).

Un art délicat qui se décline sur toile ou sur soie

Peignant tantôt à l’huile sur toile tantôt à la gouache et encre sur soie (il a dû abandonner le laque à cause d’une allergie), Le Pho se spécialise dans les natures mortes et les figures de femmes et d’enfants. Pas question d’abandonner son originalité à mi-chemin entre l’héritage occidental et l’art traditionnel vietnamien influencé par l’art chinois. Peu de perspective ni de relief dans ses œuvres mais une prédominance donnée à la ligne, sinueuse, douce et expressive. Il aime les sujets traditionnels comme les oiseaux, les bambous et les fleurs de lotus qu’il peint avec de longs pinceaux minces. Ses femmes reprennent les gestes des Madones de Fra Angelico, Simone Martini ou Sandro Botticelli. Avec grâce, elles tiennent une fleur ou ajustent un voile transparent au-dessus de leur tête ou de leurs épaules. On pense à la grâce parfois maniérée du Japonais Foujita.

Le Pho, Portrait de jeune femme, vers 1940, 35,5 X 28 cm, encre et gouache sur soie marouflée sur carton. Signé de deux sinogrammes, d’un cachet rouge ainsi que d’une signature à l’encre de chine, ‘Lepho’ en bas à droite. Estimation : 80 000 € – Galerie Brame et Lorenceau

Élégance et maniérisme à la croisée des traditions

Pensive et mélancolique, la jeune fille qui figure sur le dessin vendu par la galerie Brame et Lorenceau tient de ses doigts graciles quelques mèches de ses cheveux noirs. On dirait les mains des vierges maniéristes du Parmesan, longues et souples. Le fonds est constitué de bambous au feuillage argenté, qui se détachent sur d’autres aux feuilles plus sombres. Cette sorte de paravent végétal empêche toute profondeur. La jeune fille n’a pas de trait caractéristique. Son costume est à peine esquissé. Seule, l’élégance des gestes l’emporte.
Deux sinogrammes et un cachet rouge voisinent près d’une signature à l’encre de chine en bas à droite. Ils signent cette double appartenance de Le Pho dont parle souvent Waldemar-George, qui consacra une monographie à Le Pho en 1970 : « Ici, les routes de l’Asie et de l’Europe se croisent. L’art oriental et occidental engagent, une fois de plus, un dialogue fraternel. » Sylvie Brame annonce que cette encre et gouache sur soie est proposée autour de 80 000 euros.

Portrait de jeune femme par Le Pho est proposé à la vente par la galerie Brame et Lorenceau et estimée 80 000€
Contact : (contact@bramelorenceau.com)

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Les trois « Bleu » de Joan Miró : focus sur un chef-d’oeuvre

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« Je travaille comme un jardinier ou comme un vigneron. Les choses viennent lentement. Mon vocabulaire de formes, par exemple, je ne l’ai par découvert d’un coup. Il s’est formé presque malgré moi ».
Joan Miró

En 1925, alors que sa production compte de nombreuses compositions sur fond bleu, Joan Miró (1893-1983) peint Photo : Ceci est la couleur de mes rêves (conservé au Metropolitan Museum of Art) qui attribue explicitement à la couleur bleue, présente là sous la forme d’une tache sur fond blanc, une portée toute particulière.

Joan Miro, Photo : Ceci est la couleur de mes rêves, 1925, The Met, New York, présenté au Grand Palais en 2018 ©Sylvie Ragey

 

Immersion dans le Grand Bleu

Plusieurs décennies plus tard, Miro peut enfin s’installer dans le grand atelier dont il avait si longtemps rêvé. Construit pour lui en 1956 par son ami architecte José Luís Sert à Palma de Majorque, il lui permet, comme il y aspirait dans un entretien de 1938, de « dépasser, dans la mesure du possible, la peinture de chevalet » et de se « rapprocher, par la peinture, des masses humaines auxquelles [il n’a] jamais cessé de songer ». Et c’est dans ce vaste espace qu’il réalise, après une période d’adaptation peu productive, ces trois Bleu, toiles immersives s’il en est, aux dimensions monumentales, où résonnent tant son admiration pour l’expressionnisme abstrait découvert en 1947 aux États-Unis que son intérêt pour la calligraphie orientale.

Joan Miro, Bleu 1, 4 mars 1961, huile sur toile, 270 x 355, Centre Pompidou-Musée national d’art moderne © Mnam /Centre de création industrielle

La musique muette de Miro

Les fonds en sont plus ou moins denses, plus ou moins vibrants et les formes noires et rouges qui les animent plus ou moins nombreuses et discrètes : fine ligne, ovoïdes semblables à des galets, traits épais ou larges points aux contours estompés par la brosse ou la diffusion de la peinture, ces formes surgissent dans les étendues bleues ; elles y établissent des chemins, elles leur impriment des rythmes, des scansions, elles y tracent des phrases qui tiennent autant de l’écriture que de la notation musicale. Voilà ainsi des espaces indéterminés et ponctués du « mouvement immobile », que le peintre recherchait et qu’il comparait à « l’éloquence du silence » ou à la « musique muette ». Autant d’oxymores qui situent l’expérience sur le versant de la spiritualité, voire de la mystique.

Les trois Bleu présentés au Grand Palais en 2018 ©Céline Lefranc

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[Visite Live] Exposition « Degas Danse Dessin » au musée d’Orsay

connaissance des arts -

Suivez Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, au fil des salles de l’exposition « Degas Danse Dessin », présentée au musée d’Orsay en 2018, pour découvrir ces chefs d’oeuvre de l’Impressionnisme et aborder autrement l’oeuvre de Degas.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Le mystère Degas au musée d’Orsay

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Le siècle de Bruegel #1 [podcast]

connaissance des arts -

À l’occasion de l’Année Bruegel, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles nous plongeait en 2019 au cœur du XVIe siècle à travers deux expositions : « Bernard van Orley. Bruxelles et la Renaissance » et « L’estampe au temps de Bruegel » qui montrait comment l’invention de l’imprimerie a débouché sur quantité de nouvelles images.

Pour écouter le second épisode, consacré au siècle de Bruegel, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’Année Bruegel en Flandres en 2019.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Bruegel, le géant des Flandres

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Le siècle de Bruegel #2 [podcast]

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À l’occasion de l’Année Bruegel, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles nous plongeait en 2019 au cœur du XVIe siècle à travers deux expositions : « Bernard van Orley. Bruxelles et la Renaissance » et « L’estampe au temps de Bruegel » qui montrait comment l’invention de l’imprimerie a débouché sur quantité de nouvelles images.

Pour écouter le premier épisode, consacré au siècle de Bruegel, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’Année Bruegel en Flandres en 2019.

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Chambord, Notre-Dame, Tour Eiffel : les monuments à visiter virtuellement de chez soi

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À croire qu’il n’a jamais été aussi simple de se cultiver depuis chez soi. Durant cette difficile période, faisons rimer confinement obligatoire avec art et profitons d’un moment seul ou en famille pour redécouvrir des monuments sous un nouveau jour. Châteaux, maison d’artiste, cathédrale, édifices historiques, bâtiment de Street Art, Connaissance des Arts a compilé pour vous 10 monuments à visiter virtuellement, en attendant que la pandémie de coronavirus cesse.

1. Notre-Dame de Paris

En janvier dernier, le studio français Targo a lancé le documentaire en réalité virtuelle Revivre Notre-Dame. Près d’un an après l’incendie qui a frappé Notre Dame de Paris, le confinement est le moment idéal pour s’équiper d’un casque VR et vivre une expérience immersive bouleversante dans la cathédrale. Le documentaire est d’ores et déjà disponible dans l’application Oculus TV sur Oculus Quest, Oculus Go et Gear VR.

2. Vue sur Paris depuis la Tour Eiffel

Elle était l’un des premiers lieux à fermer ses portes aux prémices du confinement total. Construite par Gustave Eiffel à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, elle accueille près de 7 millions de visiteurs par an. Avec Google Arts & Culture, seul ou en famille, gravissez virtuellement les marches de la tour Eiffel pour découvrir cet emblème de Paris et admirer l’une des plus belles vues de la capitale.

Visitez en réalité virtuelle la tour Eiffel.
Photo ©Pixnio

3. Le château d’Angers : à l’assaut de la forteresse

Dans le cadre d’un partenariat avec le Centre des monuments nationaux (CMN), Google Arts & Culture a réalisé une visite virtuelle du château d’Angers (Maine-et-Loire). Des traces d’une occupation datant du Néolithique à la célèbre tapisserie médiévale de l’Apocalypse, en passant par les remparts défensifs et les dix-sept tours de la forteresse de Saint-Louis, découvrez le château des ducs d’Anjou comme vous ne l’avez jamais vu.

4. Les secrets de l’Opéra Garnier

Dans la série des monuments parisiens iconiques, si vous faisiez une petite escale à l’opéra Garnier ? En plus de quelques expositions sur la naissance de l’opéra Bastille ou encore sur le passage de Noureev, le seigneur de la danse, au Palais Garnier, Google Arts & Culture propose quatre visites virtuelles permettant de se promener sur la scène, les toits, dans la bibliothèque-musée ou même dans le lac artificiel, situé sous l’édifice depuis sa construction en 1860. De quoi faire le plein de visites culturelles insolites.

Avec Google Arts & Culture, visitez en réalité virtuelle le Palais Garnier depuis votre salon.
Photo ©Wikimedia Commons/Cristian Bortes

5. Chambord : un emblème de la Renaissance

Également en partenariat avec Google Arts & Culture, le château de Chambord propose de nombreuses ressources aux visiteurs connectés. Le fleuron de l’architecture, construit à partir de 1519 à la demande de François Ier, offre notamment plusieurs expositions numériques sur Chambord et la Renaissance. Pour celles et ceux qui ne peuvent pas attendre la réouverture du château au public pour s’y rendre, Google Arts & Culture a mis en ligne deux visites en réalité virtuelle : une première du domaine et une seconde sur les terrasses de l’édifice. L’occasion de s’amuser à retrouver toutes les salamandres couronnées de François Ier et de contempler l’escalier à double révolution sans quitter son salon.

6. Le Moyen Âge fantasmé au château de Pierrefonds

Vous l’avez certainement vu dans Peau d’Âne (1970), de Jacques Demy, ou plus récemment dans Les Visiteurs 2 (1998), de Jean-Marie Poiré, mais l’avez-vous déjà visité ? Le château de Pierrefonds, géré par le CMN, est un château fort édifié à la fin du XIVe siècle par Louis d’Orléans, le frère du roi Charles VI, et reconstruit au XIXe siècle, sous l’Empereur Napoléon III, par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc. Avec la visite virtuelle accessible depuis le site du monument, vous pourrez déambuler dans les couloirs du château afin de l’observer dans ses moindres détails.

7. Sous la verrière du Grand Palais

En plus d’être accessibles lors des fermetures de musées, les visites virtuelles ont l’avantage de se prévenir de la foule. Chaque année, le Grand Palais attire près de 2,5 millions de visiteurs dans ses expositions, sans compter la cinquantaine d’événements hébergés par l’édifice Art nouveau, construit pour l’Exposition universelle de 1900. En 2min30 top chrono, le Grand Palais et l’Institut Culturel de Google vous offrent une visite virtuelle documentée de ce monument exceptionnel.

Avec Google Arts & Culture, visitez la nef du Grand Palais.
Photo ©Wikimedia Commons/Ibex73

8. Chez Monet à Giverny

Les aficionados de Claude Monet (1840-1926) vont être ravis. La Fondation Monet, installée dans l’iconique maison de Giverny de l’impressionniste, vous invite à pénétrer dans la dernière demeure de Claude Monet pour une balade virtuelle bucolique. Entrez dans l’intimité du peintre de nymphéas et découvrez la surprenante salle à manger jaune, dont les murs sont recouverts d’estampes japonaises, ou encore le salon-atelier de l’artiste reconstitué.

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La Fondation Monet, c'est aussi la maison chaleureuse et colorée où vécut le maître impressionniste de 1883 à 1926. Venez la découvrir ! #ClaudeMonet #Giverny #impressionnisme #maison #atelier #theplacetovisit

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9. Les allées du pouvoir

Et si vous profitiez du confinement pour visiter certains monuments dont vous avez peu l’habitude de passer les portes ? Toujours grâce à un partenariat avec Google Arts et Culture, il est possible d’admirer l’intérieur de l’hôtel de ville de Paris, et notamment sa salle des fêtes, conçue comme la réplique républicaine de la galerie des Glace du château de Versailles, ainsi que ses plafonds richement ornementés.

Découvrez le plafond richement orné de la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville.
Photo ©Wikimedia Commons/patrick janicek

10. Street Art à la Tour 13

Connaissiez-vous la Tour 13, ce monument de Street Art, si l’on peut dire ? En 2013, plus d’une centaine de Street Artistes venus du monde entier ont investi 36 appartements pour réaliser une exposition collective éphémère dans un bâtiment situé au 5 rue Fulton, à Paris (XIIIe arrondissement). Avec le soutien de la mairie du XIIIe, la galerie Itinerrance a organisé l’événement qui s’est déroulé un mois, après quoi, la tour a été détruite pour laisser place à de nouveaux logements sociaux. Google Arts & Culture a immortalisé l’exposition dans une visite virtuelle, pour notre plus grand bonheur.

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