Actualité artistique

Confinement : Banksy rend hommage aux soignants dans une nouvelle œuvre

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À défaut de pouvoir travailler dans les rues britanniques, confinement oblige, Banksy continue à créer de chez lui de manière innovante. Le 15 avril dernier, il avait installé de facétieux petits rats dans sa salle de bains dans My wife hates it when I work from homePour sa seconde œuvre confinée, Banksy change de registre. Après son installation humoristique, l’artiste propose maintenant un dessin optimiste et enfantin.

Intitulée Game Changer (soit « Changer la donne » en français), cette œuvre en noir et blanc d’environ un mètre représente un petit garçon en salopette, à genoux, qui brandit une poupée à l’effigie d’une super-héroïne que l’on voit rarement dans les comics. En effet, elle n’est autre qu’une infirmière portant un masque, une cape (comme tous les meilleurs super-héros) et un tablier orné d’une croix rouge, seul détail coloré du tableau, rappelant certaines œuvres précédentes de Banksy comme La Petite Fille au ballon rouge. À droite de l’enfant qui joue, Batman et Spiderman, les super-héros préférés des petites têtes blondes, sont laissés-pour-compte dans une corbeille.

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. . Game Changer

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Une œuvre pour remercier les soignants, les héros du quotidien

Accompagné d’une note où il était simplement écrit : « Merci pour tout ce que vous faites. J’espère que cela illuminera un peu l’endroit, même si c’est en noir et blanc », le dessin a été donné par Banksy à l’hôpital de Southampton (Angleterre), où il trône à présent encadré fièrement sur le mur d’un des couloirs de l’établissement. Une fois le confinement levé au Royaume-Uni, l’œuvre sera exposée au public avant d’être vendue aux enchères, d’après une annonce faite par l’agence Press Association. Les profits seront reversés au NHS, le système de santé britannique. Pour rappel, dernièrement, les œuvres de Banksy se sont vendues entre 1,37 million d’euros (Vote to Love2018) et 11,1 millions d’euros (Devolved Parliament, 2009). Ce geste de soutien présage donc un don significatif pour le NHS, dans un pays particulièrement touché par la maladie. Mercredi 6 mai, le Royaume-Uni a recensé 30 076 morts du Covid-19, d’après l’AFP.

This has made my day/week/month/year! Thank you #banksy @UHS_Jobs @UHSFT pic.twitter.com/tF72WIUNG6

— Alanna Callum (@NUR53_Alanna) May 6, 2020

Très touché, le personnel hospitalier de Southampton a manifesté sa reconnaissance sur les réseaux sociaux. Paula Head, la directrice générale de l’University Hospital Southampton NHS foundation trust, a déclaré à la BBC : « Ici à Southampton, notre famille hospitalière a été directement touchée par la perte tragique de membres du personnel et d’amis très aimés et respectés. Le fait que Banksy nous ait choisis pour cette contribution exceptionnelle faite au NHS en cette période sans précédent est un immense honneur. Elle sera très appréciée de tous à l’hôpital, notamment lorsqu’on aura besoin de faire une pause et que l’on pourra prendre le temps de réfléchir et de contempler cette œuvre d’art. Nul doute que cette œuvre permettra de remonter fortement le moral de tous, ceux qui travaillent et ceux qui sont pris en charge dans notre hôpital. »

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Le musée idéal de Christophe Leribault

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Conservateur général du patrimoine, curieux, éclairé et ingénieux, Christophe Leribault dirige le Petit Palais-musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris depuis 2013. Bien qu’il soit spécialisé dans l’art ancien (doctorat à la Sorbonne sur le peintre du XVIIIe siècle, Jean-François de Troy) et que sa programmation soit en lien parfait avec ses collections (Le baroque des Lumières, Paris romantique, Anders Zorn), il a fait entrer l’art contemporain au musée grâce à ses événements en lien avec la FIAC, de Kehinde Wiley à Yan Pei-Ming.

Découvrez le musée imaginaire de la rédaction dans le magazine de mai 2020. Quelles œuvres mettriez-vous dans votre musée idéal ?

Quel exercice cruel, impossible de se limiter à moins de six, comme Henri VIII !

  • Pontormo : La Déposition (Florence, Santa Felicità)
  • Velasquez : Les Ménines (Madrid, Prado)

Diego Velázquez, Les Ménines, 1656, huile sur toile, 318 x 276 cm, musée du Prado, Madrid.

  • Georges de La Tour : Le Nouveau-né (Rennes, musée des Beaux-Arts)
  • Jean-François de Troy : La Lecture de Molière (Londres, coll. part.)
  • Ingres : Portrait de la comtesse d’Haussonville (New York, Frick Collection)
  • Manet : Un bar aux Folies-Bergères (Londres, Courtauld Institute)

Cinq artistes préférés ?

Six également, pour la symétrie, et on arrive ainsi à douze, ce qui est un beau chiffre aussi !

  • Vermeer
  • Le Bernin
  • Chardin
  • Caspar David Friedrich
  • Géricault

Théodore Géricault, La Monomane de l’envie, dit aussi La Hyène de la Salpêtrière, 1819-1820, huile sur toile, 72 x 58 cm (© Musée des Beaux-Arts de Lyon)

  • Matisse

Quel est votre musée idéal ?
  • Le PPBWFMC, qui réunirait Petit Palais-Borghèse-Wallace-Frick-Mauritshuis-Condé. En attente d’un architecte star, cette institution de rêve rassemble, dans ses six pavillons à une échelle encore humaine, une densité inouïe de chefs d’œuvre, le plus fort taux d’émotions possible !

Les cascades de Tivoli de Gaspard Dughet, Une danse à la musique du Temps de Poussin, George IV par Sir Thomas Lawrence, Pâris de Van Dyck, Paysage avec Apollon et Mercure du Lorrain et Paons et canards de Melchior d’Hondecoeter, Grande galerie de la Wallace Collection, Londres, 2014 (©Guy Boyer).

Quelle expo, plutôt récente, vous a marqué ?
  • « Canova-Thorvaldsen », vue juste à temps aux Gallerie d’Italia à Milan. Brillante exposition, pleine de rapprochements passionnants, le tout magnifiquement présenté. Un drame (sculptural) que l’exposition ait dû vite fermer.

Les Trois Grâces (1812-1817) d’Antonio Canova et Les Grâces avec Cupidon (1820-1823) de Bertel Thorvaldsen, présentés dans l’exposition « Canova-Thorvaldsen, la naissance de la sculpture moderne », Gallerie d’Italia, Milan, 2019 (©Guy Boyer).

Pour vous, à quoi sert l’art ?
  • Oublier les imperfections du monde. Les chefs d’œuvre révèlent la meilleure part de l’humain. C’est bien pourquoi il faut les protéger et les partager.
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Midi et quart, histoire de l’art : La Liseuse par Jean-Baptiste Camille Corot

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Tous les jours, du lundi au vendredi à 12h15, Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, vous lit et commente la notice d’une œuvre d’art. En s’appuyant sur les textes de conservateurs de musée, d’historiens de l’art ou de critiques, « Connaissance des Arts » vous permet de mieux comprendre les chefs d’œuvre et certaines œuvres oubliées.

La Liseuse (1845-1850) de Jean-Baptiste Camille Corot (Collection Emil Bührle)

Si Corot peignait à la belle saison des paysages d’Île-de-France et de Normandie, il s’enfermait pendant l’hiver dans son atelier avec quelques modèles professionnels et réalisait d’intimes « figures de fantaisie ». Vincent Pomarède, commissaire de la rétrospective Corot au Grand Palais en 1996, évoque ici le peintre « recherchant inlassablement une attitude spontanée ou un geste universel, appréciant le pli ou la couleur d’un vêtement et saisissant un mouvement autant qu’une rêverie immobile ».

À LIRE

Catalogue « La Collection Emil Bührle », éditions Gallimard/Culturespaces (190 pp., 30 euros), exposition au musée Maillol à Paris du 20 mars au 21 juillet 2019.

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Le design d’Hubert le Gall, 35 nuances de Grecs

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Des bougeoirs en forme de minotaures frimeurs roulent des mécaniques (La Parade des minotaures), une chèvre broutant des feuilles d’acanthe sert de support à un bureau en bronze patiné (Virgile), une sculpture d’Aphrodite des jardins aux multiples seins fait face, haletante, à un pilier hermaïque doté d’un phallus. Le créateur Hubert le Gall revisite avec humour les Métamorphoses d’Ovide, avec la complicité scientifique et onirique de Bérénice Geoffroy-Schneiter, historienne de l’art et  helléniste (ndlr : et journaliste à « Connaissance des Arts »).

Trente-cinq sculptures et pièces de mobilier hybrides ont pris place dans la sublime villa d’inspiration grecque Kérylos de Beaulieu-sur-Mer, au gré d’un parcours narratif né de leur dialogue formel et littéraire, en adéquation avec le lieu. Le designer et l’historienne de l’art ont ainsi décliné une thématique « virile » dans l’andron, grand salon dévolu aux hommes, en s’inspirant d’un motif de mosaïque illustrant la lutte héroïque de Thésée et du Minotaure : « un imposant cabinet Taureau évoque la force sauvage de la créature légendaire née des amours contre-nature de Pasiphaé, l’épouse du roi Minos, et d’un taureau blanc envoyé par Poséidon. Lui fait face un canapé-sculpture épousant les courbes sensuelles d’un simulacre de vache, baptisé malicieusement Pasiphaé par l’artiste », explique Bérénice Geoffroy-Schneiter.

Hubert le Gall, La Parade des minotaures, 2020, bougeoir d’une série, fer forgé et bronze, 48 x 38 cm ©Bruno Simon

Facétieux et éclectique

« On retrouve la Grèce dans tout mon travail, une Grèce nourrie des Étrusques, de Burne-Jones et de Pompéi », rappelle le designer et scénographe autodidacte qui n’a fait « aucune école qui l’ait formé et déformé ». Pour cet amoureux de l’île de Paros parlant le grec moderne, cette exposition « Fantaisie grecque » est le résumé de tout son vocabulaire décoratif et de son inspiration. Ainsi Hubert le Gall, qui « a fait des études de gestion et de finance pour être obéissant », avant de tout lâcher pour faire ce qu’il aimait, « être créatif », a d’abord été peintre dans les années 1990.

L’aménagement d’hôtels et de demeures privées pour le décorateur Jacques Garcia a affûté sa curiosité et lui a permis de voyager dans le temps. « La reine Marie-Antoinette et bien d’autres fantômes allaient me mener vers l’Inde des Rajahs, l’Angleterre des Country Houses, la Russie, pour y découvrir les restaurations à Tsarskoïe Selo ou à Pavlovsk », déclarait-il en 2013 à l’historien de l’art Jean-Louis Gaillemin dans une monographie au style enlevé.

Facétieux, le décorateur qui dit être « Poillerat dans une partie de la tête et Royère dans l’autre », ne craint pas de mélanger les genres et mêle sans complexe des sources éclectiques : « Je ne suis pas le sage admirateur d’un seul style ou d’une seule époque. J’éprouve la même délectation devant le mobilier précieux de Marie-Antoinette que devant les créations irrévérencieuses de Gaetano Pesce », énonce l’auteur de la célèbre table Marguerites (2004) qui avoue sa fascination pour le mobilier des XVIIe et XVIIIe siècles français, les objets révélés lors des fouilles de Pompéi, l’art total prôné par les Anglais de l’Arts & Crafts dans le sillage d’Edward Burne-Jones et de William Morris, et les sculptures de Paul Gauguin.

Hubert Le Gall, Le Supplice des Danaïdes, 2020, bronze patiné, 92x80cm ©Thomas Duval

Des meubles animés

Concepteur de « sculptures fonctionnelles », telle la commode Anthémis (1998) en bois et bronze doré dont les fleurs courent sur les quatre faces pour mieux en dissimuler la fonction, Hubert le Gall est aussi « sculpteur de meubles animés d’animaux farceurs » (Jean-Louis Gaillemin). « J’ai commencé assez tôt à m’intéresser au bestiaire, après avoir découvert l’importance de l’animal dans le mobilier ancien, aussi bien les rhinocéros-porte-pendule que les bronzes dorés de Boulle, ou encore les lits antiques avec leur biche si joliment reprise par Rateau dans les années 1910 », dit le designer fabuliste qui adore « faire son cirque ».

Tout un bestiaire est né dans son atelier parisien occupé jadis par Bonnard, où le tuyau de poêle qui traverse l’espace est transformé en girafe : commode 1, 2, 3 mouton en bois verni et résine laquée (2000), fauteuil Placide le lapin câlin en fausse fourrure (2012), secrétaire Cheval en bronze patiné (2018), miroir orgiaque Ronde des lapins (2008), etc. « Je me moque des convenances et j’adore cultiver l’ambiguïté. Tout est prétexte à raconter une histoire », dit avec jovialité le scénographe, dont les narrations colorées ont magnifié l’art d’Edward Burne-Jones lors d’une exposition au musée d’Orsay en 1999, celui de Claude Monet au Grand Palais en 2010, de Pompéi au musée Maillol en 2011, et soulignent les peintures et aquarelles de Turner au musée Jacquemart-André dans l’exposition prévue jusqu’au 20 juillet.

« La scénographie aussi est là pour raconter une histoire. J’ai beaucoup contribué à l’apport de couleurs dans les expositions au début des années 2000, à l’époque où prévalait encore le White Cube », dit cet électron libre. « La scénographie a été une chance pour moi, j’y ai appris mon histoire de l’art ». Ainsi vient-il d’enclore le voile de la Vierge de la cathédrale de Chartres dans une vitrine en laiton doré inspirée d’une châsse du Xe siècle, dotée d’un extraordinaire verre bleu créé par le restaurateur des vitraux. De la couleur à la lumière…

Découvrez les autres articles parus dans notre numéro de mai. « Degas, Picasso, Rembrandt : visitez notre musée imaginaire » « Photos-souvenirs de Paris, entre Belle Époque et Années folles » « Hippopotames ou salle de bains ? L’oeuvre du mois par François-Xavier Lalanne » « Gabrielle Chanel, l’irréductible couturière » « Le bureau de Valtesse de La Bigne : étude d’un chef-d’oeuvre Art Nouveau »

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Comment aider les artistes dans le besoin (5) : La vie bonne du CNAP et Aware

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À force de rappeler ce que sont ces deux structures, vous devez commencer à mieux les cerner. D’un côté, le CNAP (Centre national des Arts plastiques), qui a pour mission de soutenir et promouvoir la création contemporaine dont les commandes de l’État, et de l’autre Aware, les archives des artistes femmes mais aussi plate-forme de recherches et d’expositions. Pour le titre de cette opération, les deux entités rappellent la question de la philosophe américaine Judith Butler lorsqu’elle a reçu le prix Adorno : « Comment peut-on mener une vie bonne dans une vie mauvaise ? ». Le CNAP et Aware commentent cette question fondamentale qui « résonne aujourd’hui avec une acuité particulière alors que chacun et chacune s’accorde à qualifier le moment présent de crise, aux répercussions trop vastes pour être circonscrites et qui touche de plein fouet le monde de la culture et les artistes en particulier. Une fois que la pandémie mondiale sera résorbée, la courbe aplanie, les portes ouvertes, quelles seront nos vies bonnes ? ».

Un appel à projets performatifs

Ensemble, ils lancent un appel à projets à destination des artistes femmes pour la conception et la réalisation d’œuvres performatives. Ces projets rejoindront ensuite les collections du CNAP qui, depuis une quinzaine d’années, s’attache à acheter des performances réactivables et conservées sous forme d’instructions ou de protocoles. De La Ribot à Pierre Bismuth, la collection comporte déjà une trentaine d’œuvres, auxquelles il faut ajouter des vidéos, photographies et autres accessoires, traduisant « l’engagement des corps, les actions passées ou à venir ».

Dix projets seront retenus par un jury professionnel (Camille Morineau, la directrice de l’association Aware, Béatrice Salmon, la directrice du CNAP, Matylda Taszycka, la responsable des programmes scientifiques d’Aware, et Juliette Pollet, la responsable de la collection arts plastiques du CNAP, plus un ou une artiste et un ou une commissaire d’expositions). Ce jury se réunira début juillet 2020. Bien évidemment, les projets doivent prendre en compte leur possibilité d’être diffusés et intégrés à la collection du CNAP. La liste des propositions retenues devrait être dévoilée en octobre. Les candidatures doivent être envoyées à Aware avant le 8 juin (appelaprojets@aware-art.org), en mentionnant « Appel à projets La vie bonne ».

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Déconfinement et plan de sauvetage de la culture d’Emmanuel Macron : une saison culturelle à réinventer

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51 jours après le début du confinement, Emmanuel Macron a présidé une réunion en visioconférence avec douze artistes, six femmes et six hommes, tous acteurs de la culture. Si le président s’est exprimé à plusieurs reprises sur la réouverture des établissements scolaires, il est resté jusqu’à présent très évasif sur la situation des lieux culturels. Pour cette raison, de nombreux artistes se sont mobilisés dans une tribune publiée dans « Le Monde » pour l’interpeler sur la crise que connaît le secteur, complètement à l’arrêt depuis deux mois. La réunion d’aujourd’hui, mercredi 6 mai, s’est ainsi organisée pour rassurer et répondre aux inquiétudes des acteurs du milieu culturel.

« Réinventer le rapport avec le public »

« Je n’ai pas de plan là maintenant à mettre sur la table », annonce Emmanuel Macron. Il faudra donc encore un peu de temps avant d’espérer voir naître un plan de sauvetage de la culture. Néanmoins, le président a lancé quelques pistes de réponses à la crise. La période intermédiaire qui commencera le 11 mai devra donner lieu à une « réinvention du rapport avec le public ». Captations, visiteurs moins nombreux, interactions différentes… Pour ce faire, les acteurs de la culture sont invités à marier « bon sens et innovation ».

À plusieurs reprises dans son discours, le président a répété son souhait d’une « réinvention de la saison culturelle prochaine » pour faire « un été différent, apprenant et culturel ». Le chef d’État souhaite en effet lancer une impulsion culturelle partout sur le territoire, pour certainement pallier l’annulation des festivals et l’interdiction des rassemblements de plus de 5000 personnes jusqu’à la fin août. « Rien ne nous interdit de ne pas faire autre chose avec pas ou peu de public », explique Emmanuel Macron, à l’instar du Mois d’Août de la culture de Paris, annoncé le 5 mai par l’adjoint chargé de la culture à la mairie de Paris Christophe Girard dans « Télérama ». Ce nouvel événement de la capitale invitera les lieux culturels municipaux à organiser des concerts, spectacles de danse, séances de cinéma et installations, le tout en extérieur.

« Un grand programme de commandes publiques »

Un nouveau rendez-vous entre Emmanuel Macron et les acteurs culturels se tiendra au début de l’été afin de démarrer ce « chantier de création » et de faire le point trois semaines après le début du déconfinement. Le secteur a jusqu’au mois de septembre pour penser à ce « temps de refondation », précise le président. Emmanuel Macron a de même fortement invité les artistes à venir dans les établissements scolaires pour participer à « une révolution de l’accès à la culture et à l’art dans les écoles lorsque celles-ci rouvriront ».

Parmi les grandes annonces, il faut aussi retenir le « grand programme de commandes publiques » que compte lancer le président de la République auprès des divers métiers du secteur culturel, et plus particulièrement à destination des artistes de moins de 30 ans.

Emmanuel Macron: "On doit pouvoir rouvrir les musées, les librairies, les disquaires, les galeries d'art" pic.twitter.com/LaA53QWSX8

— BFMTV (@BFMTV) May 6, 2020

Et les musées dans tout ça ?

Bien que nous ignorions encore aujourd’hui ce qu’entendait le Premier ministre par « petits musées » lors de sa prise de parole à l’Assemblée nationale le 28 avril dernier, le président de la République semble optimiste au sujet de la réouverture des institutions. « Le 11 mai, les musées et les galeries d’art doivent pouvoir rouvrir en évitant les grands brassages », déclare Emmanuel Macron. Autrement dit, pour redémarrer leur activité, les sites devront trouver des solutions pour adapter le flux des visiteurs à la crise sanitaire.

À l’issu de la réunion, le ministre de la Culture Franck Riester s’est exprimé devant les journalistes pour apporter des précisions supplémentaires quant aux modalités de réouverture des sites culturels. « Les galeries d’art et un certain nombre de musées et de monuments historiques pourront rouvrir à partir du moment où ils respectent les normes de sécurité sanitaire pour préserver la santé de nos compatriotes, explique Franck Riester. Par les gestes barrières, la distanciation physique, le port du masque si la distanciation physique ne peut pas être respectée, la gestion des flux les plus efficaces possible pour qu’il n’y ait pas de croisement, plus un certain nombre de spécificités et de normes qui sont édités par les professionnels dans le cadre de registres spécifiques. »

Vers une définition des normes sanitaires

À J-5 du déconfinement, on ignore encore quels seront les sites, musées et monuments qui pourront rouvrir le 11 mai ainsi que les modalités précises et définitives des mesures sanitaires à respecter. Si certaines institutions, comme les musées de la Ville de Paris qui ont annoncé leurs réouvertures pour la mi-juin, nombreux sont les sites qui attendent des précisions du gouvernement pour s’organiser. D’après Franck Riester, « un travail est actuellement conduit par le ministère du Travail, les organisations syndicales et professionnelles de toutes les disciplines artistiques pour définir quelles sont les normes qui permettront la réouverture au public ». Nous y verrons donc certainement plus clair au cours des prochains jours, voire des prochaines semaines.

Comment protéger les artistes dans cette période difficile ? Suivez en direct les annonces du ministre @FranckRiester après une réunion avec les acteurs de la culture présidée par @EmmanuelMacron.https://t.co/doui2Zzguj

— Élysée (@Elysee) May 6, 2020

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Le musée idéal de Xavier Rey

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Après différents stages au Centre Pompidou, au musée du Louvre, au musée des Confluences de Lyon et au Museum of Fine Arts de Boston, mais aussi dans une banque d’affaires, Xavier Rey a été conservateur puis directeur des collections au musée d’Orsay après l’obtention de son diplôme de conservateur à l’Institut national du patrimoine. Il est, depuis 2017, directeur des Musées de Marseille qui regroupe dix musées et treize institutions patrimoniales de la ville conservant un patrimoine universel de la création humaine allant de l’Antiquité égyptienne à l’art actuel en passant par la mode, autour du vaisseau amiral du Centre de la Vieille Charité.

Découvrez le musée imaginaire de la rédaction dans le magazine de mai 2020. Quelles œuvres mettriez-vous dans votre musée idéal ?

Plutôt qu’un musée idéal en 5 œuvres, je propose une sélection d’œuvres qui, depuis l’enfance, ont forgé mon panthéon esthétique et influencé mon parcours.

  • Les Poissons rouges d’Henri Matisse, Moscou, musée Pouchkine. C’est l’emblème de ma révélation envers la peinture, de l’interstice merveilleux entre l’objet et sa représentation. Je l’ai découvert lors d’une visite assez fortuite de l’exposition « Matisse 1904-1917 » au Centre Pompidou en 1993, à peine ado. Première reproduction accrochée dans ma chambre, j’en garde une conviction dans la force des grands chefs-d’œuvre. L’émotion de nos retrouvailles à Moscou plus de vingt ans plus tard n’a pas été moins intense que lors notre première rencontre : un condensé de ma vie esthétique.
  • La Mariée mise à nue par ses célibataires, même de Marcel Duchamp, Philadelphia Museum of Art. Depuis que je l’ai étudiée et qu’elle m’a envahie grâce à ma toute première et merveilleuse expérience professionnelle au sein de l’équipe préparant l’exposition « Dada » au Centre Pompidou en 2005, l’œuvre de Duchamp et tout spécialement la Mariée est devenue la matrice inépuisable à l’aune de laquelle j’aime et je mesure l’art contemporain. Matérialité, surprise, scandale, concept, une œuvre incontournable et magnétique.
  • Oenochoé minoenne, Marseille, Musée d’Archéologie Méditerranéenne au Centre de la Veille Charité. Prodige de l’humanité lointaine, elle incarne pour moi deux miracles : celui d’une perfection graphique dans des civilisations qui nous sont les plus lointaines et d’une pérennité physique qui commence à donner le vertige : elle a inspiré des contemporains, comme Picasso, à plus de trente-cinq siècles de distance…
  • Les Grandes baigneuses de Paul Cézanne, Merion et aujourd’hui Philadelphie, Fondation Barnes. Œuvre ultime du maître d’Aix, je n’ai cessé de la reconsidérer à tous les âges de mon œil et de mon regard, depuis l’exposition qui n’aurait pas dû avoir lieu au musée d’Orsay en 1993. Un climax de la peinture qui s’est sédimenté avec le Achille Emperaire et La Mer à l’Estaque que j’ai tant aimé admirer à Paris et qui me prédestinait sans doute à épouser le patrimoine provençal. Une leçon de l’importance de l’art sur la vie.
  • Jeune fille à l’ouvrage de Françoise Duparc, vers 1750, musée des Beaux-Arts de Marseille. Ce que j’aime par-dessus tout dans cette œuvre, c’est que sa qualité picturale lui vaut un succès immédiat et considérable auprès du public, y compris celui qui ne cherche pas le tableau, alors qu’il ignore tout de son auteur. C’est sans doute parce qu’elle est une femme que peu d’information et d’œuvres nous sont parvenues de cette peintre qui atteint avec ce sujet, à mi-chemin entre portrait et scène de genre, une densité presque spirituelle qui ne se trouve que chez Chardin et plus tard chez Géricault et Millet.

Françoise Duparc, Jeune femme à l’ouvrage, 1778, 78 x 64 cm, Marseille, musée des Beaux-Arts.

Cinq artistes préférés ?
  • Pierre Puget. Il est devenu mon Michel Ange, j’ai le bonheur de vivre avec lui au jour le jour à la Vieille Charité. Il est indiscutablement l’incarnation du génie polymorphe de l’âge classique, architecte, sculpteur et peintre, marquant à la fois dans la coupole ovale de la chapelle de la Vieille Charité que dans son Faune au musée des Beaux-Arts de Marseille. Il n’est pas étonnant que Louis XIV l’ait invité à Versailles et qu’il ait aujourd’hui donné son nom à l’une des cours de sculptures du musée du Louvre.
  • Bartolomé Esteban Murillo. Avec Tintoret, c’est le peintre classique européen qui me touche le plus dans la mise en scène des corps et la représentation des visages.
  • Edgar Degas. Choix bien difficile parmi Cézanne, commenté plus tôt, Monet le « good guy » que j’admire tant, notamment dans les cycles du musée de l’Orangerie et bien sûr Manet (qu’on me pardonne cette considération principalement artistique, qui n’oublie pas l’impardonnable antisémitisme de l’homme). Je crois aux génies qui se distinguent en créant un style reconnaissable au premier coup d’œil ou un monde dont l’exploration dépasse le cadre d’une vie. L’incarnation de la rupture – on pourrait dire disruptif aujourd’hui – qui comprend que pour être l’égal des maîtres du passé, il faut les connaître, sans les imiter pour trouver la grâce de son époque… et ce, pour Degas, dans tous les domaines et en se renouvelant sans cesse sur près de soixante ans. Et il faut voir, à travers Degas, les grands maîtres dramatiquement absents de cette liste.
  • Kehinde Wiley. Il pourrait paraître convenu de le citer, mais j’ai la preuve que j’ai connu son œuvre avant qu’il ne devienne le portraitiste du Président Obama ou qu’il fasse son entrée dans absolument tous les grands musées d’art des Etats-Unis où je le retrouve – j’ai la chance d’en avoir visité un grand nombre – toujours avec bonheur. Je pense qu’il est tant apprécié parce qu’il a su dépasser les antagonismes tout en portant magnifiquement un tempérament artistique afro-américain. Et c’est pourquoi, je suis persuadé qu’il restera comme un artiste emblématique de notre époque. Et puis, Linda Sanchez et Benoît Maire, parmi les artistes contemporains avec lesquels j’ai eu la chance d’échanger – j’admire beaucoup le travail polymorphe de ces deux artistes… dont je ne sais pas s’ils apprécieront d’être associés !

Kehinde Wiley, Shantavia Beale II, 2012. huile sur toile, 152.4 x 121.9 cm, Collection of Ana and Lenny Gravier (©Kehinde Wiley. Photo: Jason Wyche, courtesy of Sean Kelly, New York).

Quel est votre musée préféré ?
  • Pour les collections, l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, pour la cohérence et l’équilibre, le Prado, pour l’universel, le Louvre, parce que c’est celui que tout le monde y compris moi préfère, le musée d’Orsay et pour le charme gardé intact de l’esprit encyclopédique qui a donné naissance au concept de musée Grobet-Labadié à Marseille.

Le salon de musique du musée Grobet-Labadié à Marseille.

Quelle expo, plutôt récente, vous a marqué ?
  • Comme cela ne manquera pas d’être souligné à l’avenir, ce ne sont pas seulement les plus grandes ou les plus internationales des expositions qui peuvent être les plus marquantes. Le plaisir suscité par une exposition repose sur une alchimie de rassemblement d’œuvres dans leur unicité et leur matérialité et l’originalité du discours. Je ne suis pas insensible aux rétrospectives et aux monographies, mais j’apprécie aussi tout particulièrement les expositions thématiques… Je crois que je ne peux plus en rajouter dans les manœuvres dilatoires : récemment j’ai retenu les expositions Zineb Sedira au Jeu de paume qui m’a beaucoup touché, Cosmogonie au MAMAC de Nice que j’ai trouvé lumineuse l’année dernière, Mohamed Bourouissa au Monoprix d’Arles lors des Rencontres de 2019, ou bien sûr de grandes et passionnantes traversées historiques comme Babel au Mucem et Dioramas au Palais de Tokyo où j’ai également été captivé par Tomàs Saraceno.

L’exposition Dioramas au Palais de Tokyo (©Céline Lefranc).

Pour vous, à quoi sert l’art ?
  • L’ancien khâgneux serait tenté de répondre : pour ne point mourir de la réalité (Nietzsche) ou pour « se foutre de la gueules des gens » à la Ben. Je tenterai quelque chose entre les deux : une richesse qui participe au bonheur et pas seulement à une joie momentanée. Une mise à distance de ce que nous sommes et de ce que nous voyons qui nous fait accepter la réalité. Et c’est pour cela que pour moi l’art est essentiel est que j’ai plaisir à essayer de le faire partager.

 

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Midi et quart, histoire de l’art : Le Silence par Auguste Préault

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Tous les jours, du lundi au vendredi à 12h15, Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, vous lit et commente la notice d’une œuvre d’art. En s’appuyant sur les textes de conservateurs de musée, d’historiens de l’art ou de critiques, « Connaissance des Arts » vous permet de mieux comprendre les chefs d’œuvre et certaines œuvres oubliées.

Le Silence (vers 1842) par Auguste Préault (Musée Carnavalet, Paris)

Pour la tombe de Jacob Roblès, le sculpteur romantique Auguste Préault imagina ce médaillon montrant une tête énigmatique et drapée pour « évoquer la mort de façon symbolique par le biais d’une figure saisissante, qui, l’index sur la bouche, semblait délimiter la frontière entre le monde des morts et celui des vivants », commente Cécile Champy-Vinas, conservatrice au département des Sculptures du Petit Palais. Reconnue aussitôt comme l’emblème de la sculpture moderne, cette œuvre a été reprise un demi-siècle plus tard par les artistes symbolistes comme Odilon Redon, Lucien Lévy-Dhurmer et Ferdinand Khnopff.

À LIRE

Catalogue « Paris romantique », éditions Paris Musées (510 pp., 49,90 euros), exposition au Petit Palais du 22 mai au 15 septembre 2019.

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Les lauréats du Prix Swiss Life à 4 Mains se dévoilent en live !

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Que se passe-t-il lorsqu’un compositeur averti et un talentueux jeune photographe unissent leurs efforts ? Réponse : une œuvre à quatre mains où joie et poésie se font écho. C’est la démonstration à laquelle nous convie cette année le Prix Swiss Life à 4 Mains, prix photo-musique de la Fondation Swiss Life, qui entame malgré le confinement sa 4e édition. Malgré quelques changements d’importance dans l’organisation du Prix, son essence reste inchangée : réunir durant deux ans un compositeur et un photographe autour d’une œuvre commune qui sera déclinée sous forme d’ouvrage et d’expositions. En soutenant ainsi la création d’une œuvre alliant musique et photographie, la Fondation Swiss Life entend favoriser le développement de passerelles entre les arts tout en offrant aux artistes de nouveaux défis.

Le Bleu du Ciel, la création lauréate de l’édition 2020-2021 du Prix Swiss Life à 4 Mains ©Edouard Taufenbach

L’œuvre lauréate : la promesse d’une hirondelle

En janvier dernier, on découvrait les visages et le projet des deux artistes lauréats de cette nouvelle édition : Régis Campo, compositeur, membre de l’Académie des beaux-arts, et Édouard Taufenbach, photographe et artiste plasticien, représenté à Paris par la galerie Binome. Tous deux travaillent depuis le mois de février à la création de leur œuvre à quatre mains, intitulée Le Bleu du Ciel. Conçue comme une variation onirique sur le motif du vol de l’hirondelle, celle-ci prend notamment pour matière la joie et le désir de liberté, deux thèmes tout particulièrement d’actualité en cette période de confinement.

L’art au-delà du confinement

Au terme de ces premières semaines de travail confiné, les deux artistes livreront demain jeudi 7 mai leur première interview commune en direct pour partager leur expérience et leurs attentes dans ce contexte de crise sanitaire si particulier. Alors que l’épidémie de coronavirus jette un voile sombre sur la vie culturelle et artistique, menaçant l’activité de centaines d’artistes, il est plus que nécessaire de mettre en lumière la réalité du travail de ces derniers et leur force créatrice à l’oeuvre.

Pour découvrir les coulisses de la 4e édition du Prix Swiss Life à 4 Mains, rendez-vous demain jeudi 7 mai à 18h sur la chaîne ArtchipelTV pour une interview en direct : lien

À revoir ensuite en replay sur les chaînes YouTube de Artchipel TV et Swiss Life France (playlist Fondation Swiss Life).

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La Jeune Fille à la perle : les derniers secrets révélés du chef-d’œuvre de Vermeer

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Cela faisait 26 ans que des recherches n’avaient pas été menées sur La Jeune Fille à la perle (vers 1665) de Johannes Vermeer (1632-1675). La semaine dernière, le Mauritshuis de La Haye a partagé les récentes découvertes faites sur le chef-d’œuvre de Vermeer. À l’aide des dernières technologies, la Joconde du musée néerlandais a été photographiée, scannée, passée au microscope et échantillonnée pour être analysée dans ses moindres détails. Et on peut dire que l’opération internationale, intitulée Girl in the Spotlight et menée par Abbie Vandivere, conservatrice des peintures du Mauritshuis, aux côtés des chercheurs du Rijksmuseum, des universités d’Amsterdam et d’Anvers, ou encore de la National Gallery of Art de Washington, a largement porté ses fruits.

Image composite de La Jeune Fille à la perle réalisée à partir des images du projet Girl in the Spotlight. (c)Mauritshuis/Sylvain Fleur et l’équipe de Girl in the Spotlight

La redécouverte de détails effacés par les années passées

Grâce aux analyses du scanner aux rayons X, les historiens de l’art ont découvert que Vermeer avait peint de délicats cils à son modèle. Invisibles à l’œil nu durant toutes ces années, les cils de La Jeune Fille s’étaient dissipés avec le temps, à l’instar de ceux de La Joconde de Léonard de Vinci. Avec ces nouveaux détails révélés au grand jour, l’œuvre de Vermeer se trouve être beaucoup plus « humaine » que ce qu’on avait pu imaginer auparavant.

Et ce n’est pas tout. Les recherches ont également mis en lumière une trouvaille surprenante. Alors que l’on ne voyait qu’un fond noir derrière la figure, il s’est avéré que Vermeer a en réalité placé La Jeune Fille devant un rideau vert, visible dans l’angle supérieur droit. Ce fond vert a malheureusement disparu suite aux changements physiques et chimiques de la toile au cours des trois cents années qui se sont écoulées depuis sa création.

Gauche : microphotographie numérique 3D de l’oeil droit de la fille. grossissement 140x (1,1 μm / pixel) [Hirox Europe, Jyfel].
Droite : La carte de fluorescence macro-X pour le fer montre que Vermeer a peint des cils à l’aide d’une peinture brune. Le bout du cil est à peine visible sur le fond sombre décoloré. [Annelies van Loon: Mauritshuis / Rijksmuseum]

Au plus proche de la composition de l’œuvre

L’examen du tableau a révélé de précieuses informations sur le processus de création du peintre pour réaliser ce chef-d’œuvre. En effet, après une étude aux infrarouges, les chercheurs ont découvert que l’artiste avait commencé son tableau par différentes nuances de brun et de noir déposées par de larges coups de pinceau, avant de tracer les contours du modèle par de fines lignes noires. Les scientifiques ont même retrouvé des poils de pinceau figés sur la toile. Certains repentirs ont également été observés pour la première fois par les chercheurs : les positions de l’oreille, du haut du foulard et de la nuque ont été modifiées par Vermeer.

En plus d’en apprendre sur la genèse de l’œuvre, ces études ont mis en avant une des techniques majeures employées par le peintre dans La Jeune Fille à la perle. Pour donner du volume à la fameuse perle, l’artiste a créé une illusion de relief en superposant des couches de peinture blanche composées de touches translucides et opaques de pigment blanc. Une précédente restauration de la toile avait écrasé l’épaisseur de la sphère blanche, dissimulant jusqu’à présent la technique du maître de la peinture néerlandaise.

Une peinture faite de pigments du monde entier

L’opération Girl in the Spotlight n’a rien laissé au hasard. Les scientifiques ont aussi analysé les pigments qui composent le chef-d’œuvre. Pour réaliser La Jeune Fille à la perle, le Sphinx de Delft a employé des matériaux venus du monde entier. Le blanc de la perle provient de la région de Peak District (Angleterre), l’ocre des vêtements est originaire d’Europe, les rouges sont issus de cochenilles présentes sur les cactus du Mexique et d’Amérique du Sud et le bleu du turban est fait de lapis-lazuli d’Afghanistan, un minerai qui était au XVIIe siècle « plus précieux que l’or », précise le Mauritshuis. Pour intensifier le bleu, Vermeer aurait chauffé à haute température la pierre semi-précieuse et ainsi faciliter son broyage.

Mise à part la joie d’en apprendre plus sur le chef-d’œuvre exposé au Mauritshuis depuis 1903, ces analyses permettent surtout de surveiller son état de conservation. La Jeune Fille à la perle recèle encore de nombreux secrets. Pour cette raison, le musée néerlandais souhaiterait poursuivre les recherches scientifiques et, peut-être un jour, découvrir l’identité du modèle qui se cache derrière ce portrait si mystérieux.

Johannes Vermeer, La Jeune Fille à la perle, vers 1665, 44 x 39 cm, huile sur toile, Mauritshuis, La Haye. Photo ©Agathe Hakoun

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Le Salon du dessin chez vous : Artichaut rond de Jacques Le Moyne de Mourgues

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Pour Jacques Le Moyne de Mourgues, cet artiste né à Dieppe vers 1533 et mort à Londres en 1588, la question n’est pas celle de traduire le titre de ses œuvres en français ou en anglais, même si pour cette aquarelle et gouache sur papier du XVIe siècle, on peut s’interroger sur le sens de « Globe Artichoke » qui, en langue de Molière, peut-être « artichaut boule » ou « artichaut rond » pour désigner les camus de Bretagne ou les gros verts de Laon.

Artichaut boule d’épines ou artichaut symbole de l’amour sans attache

Tout est question de sens pour ce légume de la famille des Astéracées, originaire d’Afrique du Nord ou d’Éthiopie, parfait en temps de confinement car il faut planter l’artichaut en terre en avril et surtout laisser un mètre d’intervalle avec ses confrères. C’est le chardon qui, une fois domestiqué et cultivé, a donné le cardon (Cardunculus cardunculus) et l’artichaut (Cardunculus scolymus). Venu de l’arabe al harsufa, cette « épine de la terre » devenue alcachofa en Espagne, articiocco en Italie et artichaut en France lors de son introduction par Catherine de Médicis en 1533, qualifie également chez nous un « assemblage de crocs et de pointes de fer », fixé sur les murs ou les fossés pour empêcher tout passage. Alors artichaut boule d’épines pour faire mal ou artichaut globe pour symboliser la rotondité de la terre et l’amour sans attache, qui se répand à tous vents, à vous de choisir.

Jacques Le Moyne de Mourgues, A Globe Artichoke, XVIe siècle, aquarelle et gouache sur papier, 140 x 101 mm (c)galerie Stephen Ongpin

L’artichaut des artistes

Les artistes européens ont aimé reproduire ce légume-fleur. Près des asperges et autres pois, l’artichaut figure au XVIe siècle dans l’étal de La Fruttivendola de Vicenzo Campi (Pinacoteca di Brera, Milan) aussi bien que dans la Vertumne d’Arcimboldo (château de Skokloster), ornant l’épaule d’un Rodolphe II végétal. L’artichaut a également plu à Auguste Renoir, qui l’a associé à des tomates, ou à Giorgio De Chirico, qui en 1913 lui fait prendre la forme du thyrse de Bacchus dans sa Mélancolie d’un après-midi (musée national d’Art moderne, Centre Pompidou).

En cernant son dessin d’un cadre à l’encre marron, Jacques Le Moyne a voulu jouer sur l’aspect scientifique de cette représentation d’artichaut. Pour cet artiste huguenot du XVIe siècle, redécouvert récemment, on sent que la nature morte est importante et que les détails précis sont fondamentaux. On sait que Jacques Le Moyne a d’abord travaillé à la cour du roi Charles IX et qu’il était connu comme cartographe. Ce talent l’a conduit jusqu’aux bords de la Floride lors d’une expédition, lancée par René Goulaine de Laudonnière, pour fonder une colonie protestante. Pour l’artiste, il s’agissait de dresser les contours de ces nouvelles terres, le parcours des rivières mais aussi les portraits des indigènes, leurs villages et leurs habitudes. Cette aventure relève pourtant du récit épique avec mutinerie, famine, massacre par les Espagnols, évasion dans les marigots… À son retour en France, Jacques Le Moyne présenta ses dessins au roi de France et établit le récit de ses exploits. Malheureusement, tous ses dessins ont disparu, hormis un seul conservé à la New York Public Library, mais son livre a été publié en 1591, trois ans après sa mort.

Auguste Renoir, Artichauts et tomates, 1887, huile sur toile, 45,8 x 55,2 cm, collection privée

Entretemps, comme de nombreux de ses compatriotes huguenots, Le Moyne dut s’exiler de France après les massacres de la Saint Barthélémy en 1572. Il s’installa en Angleterre, rajouta « de Morgues » à son nom et se mit sous la protection de Sir Walter Raleigh et de Lady Mary Sidney, qui le poussèrent à poursuivre son travail sur la nature. En 1586, il publia La Clef des Champs, une série de gravures botaniques sur bois.

En Angleterre, il réalisa également d’autres dessins de plantes, fruits et papillons puisque le Victoria and Albert Museum possède cinquantaine neuf de ces études à l’aquarelle réunies dans un album, le British Museum renferme un autre album d’une cinquantaine de dessins à l’aquarelle et gouache de 1585 et la Rachel Mellon Collection à Upperville (Virginie) en a une soixantaine. Enfin, un dernier ensemble est apparu en 2005 et a été vendu à New York. La feuille de la galerie Ongpin provient de ce dernier album, daté sans doute de la fin des années 1560, quand Le Moyne travaillait encore en France. Cette représentation d’un artichaut rond appartient à ces dessins botaniques réalisés à des fins médicinales puisque l’artichaut a de nombreuses vertus dépuratives, stimule le foie et facilite l’élimination rénale. Des qualités déjà connues au XVIe siècle.

Ce dessin est estimé autour de 120 000 euros et proposé à la vente par la galerie Ongpin. Contact tel : +44 (0)20 7930 8813

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Le musée idéal de Jean-François Bodin

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Urbaniste et architecte, designer et scénographe d’expositions, Jean-François Bodin est connu pour ses nombreuses réhabilitations de musées, qu’il a fait avec respect et élégance. Parmi beaucoup d’autres, en France, le musée d’Art moderne de Paris, le musée Picasso, les musées de Cambrai et de Tourcoing et le château des ducs de Bretagne lui doivent leur fluidité, leur luminosité et la lisibilité de leurs espaces.

Découvrez le musée imaginaire de la rédaction dans le magazine de mai 2020. Quelles œuvres mettriez-vous dans votre musée idéal ?
  • La Nef des fous de Jérôme Bosch (vers 1500). Je l’aime depuis toujours car, quand j’étais enfant, ma mère m’emmenait au Louvre et ce tableau m’a marqué. Je retourne souvent le voir.
  • La porte du confessionnal de la chapelle du Rosaire d’Henri Matisse, à Vence.
  • Violon (1915), un collage de Picasso au musée Picasso à Paris. Bricolé, incertain. Comme, beaucoup plus tard, les œuvres de l’artiste américain Richard Tuttle.
  • Untitled (1987-1988) de Jannis Kounellis. L’œuvre d’un des maîtres de l’Arte Povera que j’aime pour ses sculptures d’acier et de feu.
  • Le Louvre Abu Dhabi de Jean Nouvel. La coupole est une folie totale avec sa géométrie, sa légèreté, et ses effets de lumière que j’ai pu admirer au solstice d’été quand le soleil est au zénith.

L’édifice de Jean Nouvel © Louvre Abu Dhabi, Photography by Mohamed Somji

Cinq artistes préférés ?
  • Cy Twombly, en particulier pour ses sculptures faites d’assemblages d’objets de récupération recouverts de peinture blanche.
  • Kazimir Malevitch
  • Yan Pei-Ming. J’ai été très touché par l’hommage à sa mère de Yan Pei-Ming à Orsay, pour la fiction, l’attention personnelle de l’artiste, la sincérité. Une réponse émouvante à l’Enterrement à Ornans de Gustave Courbet.

Yan Pei-Ming, Gustave Courbet, 2019, huile sur toile, 150 x 150 cm. Photo : André Morin ©Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2020.

  • Egon Schiele
  • Helene Schjerfbeck et ses autoportraits obsessionnels, que Suzanne Pagé avait exposés au musée d’Art moderne de Paris en 2007.
Quel est votre musée préféré ?
  • La Tate Gallery de Herzog et De Meuron. Ces deux architectes suisses me surprennent toujours et, devant leurs bâtiments, je me dis chaque fois que j’aurais aimé les dessiner.

Extension de la Tate Modern. Vue extérieure depuis le Sud (©Hayes Davidson and Herzog & de Meuron)

Quelle expo, plutôt récente, vous a marqué ?
  • La rétrospective Christian Boltanski, un artiste dont j’ai toujours été fan, ce printemps au Centre Pompidou.

L’exposition Boltanski (©Philippe Hennebelle).

Pour vous, à quoi sert l’art ?
  • Comme dans mes propositions, l’art me semble très ouvert. La notoriété de l’artiste n’a pour moi aucune importance, pas plus que la valeur des œuvres. L’art est un plaisir personnel, égoïste. Il fait rêver, me fait voyager, sourire, se prolonge dans mes pensées, mais produit également des chocs, fait « des trous dans le mur ». Je me souviens d’ailleurs de la rétrospective Mark Rothko au musée d’Art moderne de Paris et de l’aura de ses œuvres, qui n’ont rien à voir avec leurs reproductions.

 

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Midi et quart, histoire de l’art : Mannequin, œuvre disparue d’Alberto Giacometti

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Tous les jours, du lundi au vendredi à 12h15, Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, vous lit et commente la notice d’une œuvre d’art. En s’appuyant sur les textes de conservateurs de musée, d’historiens de l’art ou de critiques, « Connaissance des Arts » vous permet de mieux comprendre les chefs d’œuvre et certaines œuvres oubliées.

Mannequin (1932-33) d’Alberto Giacometti (œuvre disparue) sur une photographie de Marc Vaux

Durant ses années surréalistes, Alberto Giacometti a détruit de nombreuses œuvres en plâtre à cause de leur fragilité, de crises d’insatisfaction ou de la transformation volontaire de ces œuvres. C’est le cas de Mannequin, aujourd’hui disparu. « Si sa pose donne à la figure l’impression de saluer un visiteur, elle est surtout une citation de l’Apollon du Belvédère, greffée sur une figure féminine stylisée et ornée d’objets quasi trouvés », explique Joanna Fiduccia dans le catalogue de l’exposition « Alberto Giacometti. À la recherche des œuvres disparues ». Trois ans après sa création, Mannequin va perdre sa tête en volute de violoncelle et ses deux bras mal attachés pour devenir Femme qui marche, placée sur un piédestal en bois. Hiératique et dépourvue de tout détail anecdotique.

À LIRE

Catalogue « Alberto Giacometti. À la recherche des œuvres disparues », éditions Fage (192 pp., 28 euros), exposition à la Fondation Giacometti du 24 février au 21 juin 2020.

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Le bureau de Valtesse de La Bigne : étude d’un chef-d’oeuvre Art Nouveau

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Grâce à ses résidences secondaires de qualité à Ville-d’Avray (Yvelines), Valtesse de La Bigne (1848-1910) put figurer dans l’annuaire des châtelains de son temps. D’abord propriétaire d’une villa ayant appartenu à la duchesse de Riaro-Sforza, Valtesse s’était fait construire, au tout début du XXe siècle, une somptueuse demeure baptisée « La chapelle du Roy ». Abandonnant Paris, elle y vécut, à partir de 1902 avec, parmi son mobilier, ce précieux bureau.

Née Émilie-Louise Delabigne au sein d’une famille pauvre, la jeune femme avait pris ce pseudonyme – reconnu en 1882 par l’état civil – après avoir gravi les échelons de la galanterie au point de devenir, après 1870, l’une des courtisanes les plus en vue de « la haute gomme » parisienne. Valtesse, qui se prévalait d’un titre de comtesse prétendument octroyé par Napoléon III, résidait à Paris, depuis 1877, dans un hôtel particulier construit pour elle au 98, boulevard Malesherbes, artère du nouveau quartier à la mode de la Plaine-Monceau. À cette fin, un prince s’y était ruiné, les faveurs de Valtesse se négociant à prix d’or. Pour ces dames, condamnées à la surenchère et aux excentricités, cela faisait partie du jeu.

Édouard Manet, Valtesse de la Bigne, 1879, pastel sur toile, 55,2 x 35,6 cm, Metropolitan Museum of Art

Briller par l’esprit pour obtenir un rang dans la société parisienne

« Elle avait des cheveux étranges, roux, mais d’un roux particulier où semblaient scintiller mille paillettes d’or. » Valtesse décrivit ainsi sa célèbre chevelure dans Isola, roman autobiographique publié en 1876 sous le pseudonyme d’« Ego ». Mais la beauté ne faisait pas tout. Pour obtenir un rang dans la société parisienne, il convenait de briller par l’esprit, qualité que l’on pouvait acquérir en ouvrant sa porte au monde des arts et des lettres. Boulevard Malesherbes, où le mobilier de style ancien prévalait, Valtesse accrocha maints tableaux d’amis artistes dont la fréquentation lui avait valu le surnom d’ « union des peintres ». Parmi ces derniers, Édouard Detaille, célèbre peintre de sujets militaires, allait rester toute sa vie l’ami le plus cher. Valtesse lui avait fait édifier un atelier à Ville-d’Avray et, en témoignage d’amitié, avait commandé à Aimé Morot, en 1899, un portrait du maître en habit d’académicien qu’elle lui offrit en cadeau d’anniversaire.

D’esprit Art Nouveau, ce bureau, daté de 1905, n’était pas la seule œuvre moderne abritée à « La chapelle du Roy ». On y voyait aussi, connue par des cartes postales, une salle à manger (détruite) ornée de boiseries qu’Audrey Gay-Mazuel, conservatrice au musée des Arts décoratifs, a pu attribuer à la maison dirigée par Paul-Alexandre Dumas. Retirée de la galanterie mais restée richissime, Valtesse avait rassemblé dans son domaine de Ville-d’Avray tout ce qui avait échappé, en juin 1902, à la vente du contenu de son hôtel parisien à l’Hôtel Drouot. En faisait partie, rutilant de bronze doré, son fameux lit, commandé à Édouard Lièvre. Réalisé en 1880-1881, selon les dates retrouvées sur les bronzes, ce meuble extravagant fut légué, par voie testamentaire de Valtesse, au musée des Arts décoratifs. Entré en 1911, il « trône », désormais, dans une salle du musée consacrée aux grandes courtisanes du XIXe siècle.

Attribué à un atelier du faubourg Saint-Antoine, Bureau de Valtesse de la Bigne, 1905, hêtre, tulipier de Virginie, citronnier de Ceylan et de Saint-Domingue, bronze doré, 104 x 139 x 80 cm ©Paris, MAD/ Christophe Dellière

Paris plutôt que Nancy

Vulgarisé par l’École de Nancy pour imprimer au mobilier cette tension dynamique propre à l’Art Nouveau, l’évidement de la partie supérieure des pieds avant recourbés caractérise ce bureau à gradin. Grand maître de cette École de Nancy née à la fin du XIXe siècle, Louis Majorelle, dont les productions étaient volontiers plagiées, avait mis également à la mode ce type de bureau de dame comprenant, pour certains modèles, pendule et baromètre incorporés. Audrey Gay-Mazuel suggère que la maison Dumas aurait pu à nouveau fournir ce bureau, sans écarter a priori l’idée d’une autre origine parisienne. Celle-ci trouverait davantage de force si ce meuble résultait d’un cadeau plutôt que d’une commande de Valtesse. Jointe à la qualité du bronze doré, l’union de l’Art Nouveau avec les chantournements d’esprit rocaille pourrait-elle alors désigner l’une de ces grandes maisons du faubourg Saint-Antoine dont les productions, inspirées par celles du glorieux XVIIIe siècle, s’exportaient dans le monde entier ? L’une d’entre elles, la maison Krieger, avait présenté à l’Exposition universelle de 1900 une salle de style Art Nouveau. Mais il y avait d’autres maisons adeptes du nouveau style et les parentés notées par Audrey Gay-Mazuel avec les réalisations de la maison Dumas rendent cette hypothèse fragile. Quoi qu’il en soit, le bureau de Valtesse de La Bigne comptera désormais, grâce à la générosité de l’antiquaire Benjamin Steinitz, parmi les pièces les plus séduisantes d’Art Nouveau du musée des Arts décoratifs.

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Déconfinement : les musées parisiens rouvriront à la mi-juin

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Si on ignore encore aujourd’hui ce qu’entendait le Premier ministre par « petits musées » lors de sa prise de parole à l’Assemblée nationale le 28 avril dernier, on sait d’ores et déjà que les musées parisiens rouvriront partiellement dès la mi-juin. C’est du moins ce qu’a annoncé l’adjoint chargé de la culture à la mairie de Paris Christophe Girard dans « Télérama », ce lundi 4 mai. Le Petit Palais, le Musée d’Art moderne, le musée Cernuschi ou encore le musée de la Vie Romantique pourront ainsi retrouver les visiteurs. À certaines conditions.

Les musées en conformité sanitaire

Seules seront ouvertes « certaines de leurs salles et certaines de leurs collections pour qu’on ne dépasse jamais l’objectif de groupes successifs de ne jamais dépasser des groupes de 10 personnes dans l’espace public », précise l’adjoint. Les institutions ont ainsi un peu plus d’un mois pour se mettre en conformité sanitaire pour leurs personnels et les visiteurs. Un fonds de soutien « d’une ambition historique » sera présenté par Anne Hidalgo le 18 mai prochain au Conseil de Paris pour soutenir les établissements culturels municipaux.

« Les musées doivent se penser autrement qu’en termes de massification » déclare Christophe Girard. Si la pandémie de Covid-19 a favorisé le développement de l’accès numérique aux institutions, va-t-elle aussi marquer la fin des expositions blockbusters ? Fini le temps de « Toutânkhamon, le trésor du pharaon » à la Grande Halle de la Villette et de « Léonard de Vinci » au Louvre. « La quête éperdue des records de fréquentation dans les grandes expositions parisiennes de ces dernières années va être bouleversée, confie l’adjoint à « Télérama ». Je trouvais ça atroce, cette course à l’échalotte culturelle qui ne servait, en rien, à mieux regarder les œuvres. Il faut sortir de ces critères d’industrie culturelle mais se rééduquer à voir, à être dans l’effort de la découverte, à prendre le temps de la déambulation. »

Dans l’exposition « Léonard de Vinci » au Louvre, les manuscrits et dessins présentés face à la Cène d’Oggiono pouvaient devenir inaccessibles lors de forte affluence. Photo ©Musée du Louvre/Antoine Mongodin

Aucune information n’a été donnée concernant les grands musées fortement fréquentés, comme le Louvre, le Musée du quai Branly-Jacques Chirac ou Orsay. Même silence radio pour les « petits musées », censés pouvoir accueillir des visiteurs dès le 11 mai. Pour en avoir le cœur net, il ne reste plus qu’à espérer que le ministre de la Culture Franck Riester ou que les institutions directement concernées apportent prochainement des précisions quant à leur situation.

Un nouvel événement culturel dans la capitale : le Mois d’Août de la culture de Paris

Christophe Girard a annoncé une bonne nouvelle supplémentaire aux Parisiens. L’homme à l’origine de La Nuit Blanche a mentionné la préparation du Mois d’Août de la culture de Paris, nouveau grand événement où les lieux culturels municipaux sont invités à organiser des concerts, spectacles de danse, séances de cinéma, installations, le tout en extérieur. Reste à voir si la crise sanitaire permettra alors de mettre en place une telle manifestation dans la capitale, actuellement classée en zone rouge sur la carte du déconfinement.

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L’empaquetage de l’Arc de Triomphe par Christo reporté en 2021

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Après avoir été reprogrammé à l’automne 2020 pour des raisons écologiques, le projet d’emballage de l’Arc de Triomphe par Christo doit aujourd’hui être reporté d’un an en raison de l’épidémie de coronavirus. Le Centre Pompidou, le Centre des monuments nationaux et l’artiste lui-même ont annoncé il y a quelques jours que cette gigantesque installation, qui devait renouveler l’exploit de 1985 au Pont-Neuf, serait finalement réalisée l’année prochaine et visible du 18 septembre au 3 octobre 2021. Ce choix, motivé par l’incertitude latente du milieu culturel face aux semaines/mois de déconfinement à venir, nous semble bien évidemment raisonnable. Regrettons simplement qu’il supprime de l’horizon culturel un événement qui avait de quoi nous réjouir en cette période un peu terne.

Christo – L’Arc de Triomphe empaqueté (Projet pour Paris, Place de l’Etoile-Charles de Gaulle)
Crayon, fusain, pastel, crayon à la cire, peinture émaillée, étude architecturale et topographique, carte dessinée à la main sur vélin et ruban adhésif Photo: André Grossmann © 2019 Christo

Sauvé par des faucons crécerelles ?

C’est un nouveau déboire pour le projet d’empaquetage du grand monument parisien par Christo qui voit ici ces dates modifiées pour la seconde fois. En juin 2019, les organisateurs avaient déjà été contraints de reporter à l’automne l’événement initialement prévu au printemps 2020. L’installation devait en effet se tenir du 6 au 19 avril, en parallèle d’une exposition thématique organisée au Centre Pompidou. Consacrée à la période parisienne de l’artiste, cette dernière aurait ainsi trouvé un écho monumental à son propos en plein cœur de la capitale tandis que le Grand emballeur se serait imposé comme l’une des figures tutélaires de l’année culturelle 2020 en France. Mais un petit oiseau a mis fin à ce beau rêve…

Les défenseurs de la cause écologique se sont en effet inquiétés de voir le faucon crécerelle privé au printemps d’un de ses hauts lieux parisiens de nidification. L’Arc de Triomphe, à l’image de Notre-Dame notamment, constitue en effet un abri de choix pour ces représentants d’une espèce protégée depuis 1972… L’art ne pouvant guère se permettre de piétiner délibérément le grand cycle de la vie, décision a été prise de repousser l’emballage de quelques mois pour une inauguration à l’automne. Ce petit geste écologique aura sans doute sauvé le projet qui n’aurait pas pu voir le jour en pleine crise sanitaire.

Christo – L’Arc de Triomphe empaqueté (Projet pour Paris, Place de l’Etoile-Charles de Gaulle) Dessin, 2020, en deux parties : 38 x 244 cm et 106,6 x 244 cm, crayon, fusain, pastel, crayon à la cire, peinture émaillée, carte et échantillon de tissu, photo: André Grossmann, © Christo 2020

Déconfinement et réouverture de l’exposition au Centre Pompidou

Mais que devient l’exposition « Christo et Jeanne-Claude. Paris ! » qui devait ouvrir ses portes le 18 mars au Centre Pompidou ? Pour l’heure, l’institution affirme qu’elle « sera visible dès que le Centre Pompidou sera en mesure d’accueillir à nouveau des visiteurs ». Bien évidemment, à l’heure où les musées, grands ou petits, ne peuvent se référer à aucune directive précise du ministère de la Culture quant à leurs probables dates de réouverture, cette annonce a des airs de vœu pieu mâtiné de Méthode Coué.

Découvrez notre hors-série consacré à l’exposition «  Christo et Jeanne-Claude. Paris ! » au Centre Pompidou

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Le musée idéal d’Arielle Dombasle

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Aussi bien réalisatrice et scénariste qu’actrice, Arielle Dombasle s’est fait connaître par sa présence dans les films d’Eric Rohmer (Perceval le Gallois, Pauline à la plage), Alain Robbe-Grillet (La Belle Captive), Raoul Ruiz (Les Âmes fortes) et de son mari Bernard-Henri Lévy (Le Jour de la Nuit). Depuis l’an 2000, elle mène également une carrière de chanteuse avec les albums Liberta, Extase et Empire (avec Nicolas Ker. Sortie le 19 juin chez Barclay).

Découvrez le musée imaginaire de la rédaction dans le magazine de mai 2020. Quelles œuvres mettriez-vous dans votre musée idéal ?
  • La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli. Toute la grâce de la peinture du Quattrocento, une Aphrodite née de l’écume des océans, apparition de la beauté même, saisie entre ciel et terre sur sa coquille dans les nuées, escortée de Zéphyrs et de Séraphins.
  • L’Hermaphrodite endormi, IIe siècle avant J.-C. dont il existe une copie au Louvre. Adolescente, à Rome, ce fut mon premier grand frisson devant l’art de l’ambiguïté, une sculpture faite de marbre, de courbes et de beauté.
  • La Grande Odalisque (1814) de Jean-Auguste Dominique Ingres. Le charme secret de l’Orient rêvé. La volupté languissante de la courtisane, aux bijoux scintillants, au mystérieux turban, toute en attente et lascive…
  • Ophélie (1852) de John Everett Millais. La grâce préraphaélite, l’eau et les rêves, la folie de l’amour, le sacrifice dans les ondes… C’est le charme shakespearien dans toute sa poésie et son symbolisme tragique.

John Everett Millais, Ophélie, 1851-1852, huile sur toile, 76 x 112 cm, Tate Britain.

  • La Colonne brisée de Frida Kahlo. Les cinquante-cinq autoportraits de cette grande artiste mexicaine sont fulgurants. Cette œuvre est comme un ex-voto, une enluminure de l’amour et de la douleur… Kahlo est le premier peintre dont j’ai admiré la vie, les rêves, l’œuvre. La poésie et le génie confondus. De mon enfance au Mexique, je me souviens de mon chien Lampi, qui était l’arrière petite fille d’un Chorro Esquinclé (chien aztèque sans poil) ayant appartenu à Diego Rivera et à son amante épouse Frida Kahlo.

Cinq artistes préférés ?
  • C’est une torture de n’en nommer que cinq. Je ne peux pas car ils sont préférés pour de si diverses raisons. C’est comme demander à sa fiancée d’habiter le harem.

Quel est votre musée préféré ?

Difficile… Il y a de telles perfections, probablement l’Accademia à Venise pour toute la beauté picturale du Quattrocento. Mais il y a aussi le Prado à Madrid, somptueux et incontournable, avec ses Velasquez et Goya. L’Ermitage à Saint-Pétersbourg pour ses collections uniques notamment de Nicolas Poussin et Claude Lorrain, éblouissant. Et finalement Le Louvre, infini dans la richesse de ces cosmos esthétiques, labyrinthe de beautés inépuisables… On n’en fait jamais le tour. Mais mon cœur hésite avec les petits musées, irrésistibles comme la Frick Collection à New York, le musée Jacquemart-André si riche et gracieux ou le musée Gustave Moreau discret, avec l’idéal mystique de la peinture symboliste de Gustave Moreau que j’affectionne et sa petite chambre de peintre, tellement modeste, que l’on visite à l’étage, ensorcelant.

Le musée Jacquemart-André à Paris.

Quelle expo, plutôt récente, vous a marquée ?

Peut-être celle du Petit Palais (une des dernières que j’ai vues) autour des dessins de Jean-Jacques Lequeu, cet architecte visionnaire de l’époque révolutionnaire, bâtissant tout un univers fantasmagorique dans des perspectives et paysages à la géométrie euclidienne. Une rareté d’esprit, un trait fascinant. Un artiste rare. Et puis, il y a quelques années déjà, à Orsay, la fabuleuse exposition « L’ange du bizarre », envoûtante, abyssale. Et l’une des premières merveilleuses expositions Frida Kahlo au petit musée Maillol, rue de Grenelle, car Frida est mon idole, la Mexicaine aux vertiges doloristes. Infinie volupté.

Jean-Baptiste Lequeu, Il est libre, détail. BnF, département des Estampes et de la photographie. Crédit BnF

Pour vous, l’art à quoi cela sert ?

L’art est flagrant, fulgurant, indispensable, de toute première nécessité. Il est tout simplement vital. L’art, c’est comme l’oxygène, on ne peut vivre sans. Il sert à exister… C’est un but radical, qui recule sans cesse et qui fait avancer. C’est lui qui fait le salut de l’âme, ne serait-ce qu’un instant…

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Midi et quart, histoire de l’art : Portrait de famille par Ambrosius Francken

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Tous les jours, du lundi au vendredi à 12h15, Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, vous lit et commente la notice d’une œuvre d’art. En s’appuyant sur les textes de conservateurs de musée, d’historiens de l’art ou de critiques, « Connaissance des Arts » vous permet de mieux comprendre les chefs d’œuvre et certaines œuvres oubliées.

Portrait de famille (1577) par Ambrosius Francken (Musée Crozatier, Le Puy-en-Velay)

Les portraits de famille se multiplient au XVIe siècle et réunissent, comme ici, dans une même composition plusieurs générations portant les vêtements spécifiques de chaque âge. Si le nourrisson est serré dans ses bandelettes (pour l’immobiliser et lui permettre une croissance parfaite) et le petit enfant porte un bonnet (pour protéger les fontanelles du crâne en train de se solidifier), le jeune frère est en robe à collet (la tenue qu’arborent alors les garçons jusqu’à sept ans) et l’aîné porte un costume d’adulte et l’arme au côté (car il est sorti de l’enfance). À la Renaissance, le vêtement relève d’une stricte codification.

À LIRE

Catalogue « Enfants de la Renaissance » disponible sur Amazon ou dans les librairies dont les noms figurent le site www.leslibraires.fr

Enfants de la Renaissance
In Fine Éditions d’art, 280 pp., 29€
Quelle est la place des enfants dans la société de la Renaissance ?
De la fin du XVe au début du XVIIe siècle, ce livre, qui accompagne l’exposition « Enfants de la Renaissance » au Château royal de Blois,
met en lumière les spécificités encore jamais explorées
d’une époque où l’enfant change de statut pour occuper une place à part entière dans la société.


+ d’infos

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Le Salon du dessin chez vous : Rêverie de Jacques Majorelle de la galerie Ary Jan

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Si vous parlez de Majorelle, vous devez aussitôt préciser. Louis ou Jacques. Louis, le père, l’ébéniste lorrain Art Nouveau. Ou Jacques, le fils, le peintre orientaliste de la période Art Déco. Pour cette nouvelle proposition dessinée, il s’agit bien sûr de Jacques Majorelle, qui débute sa formation spécialisée en 1901 à l’Ecole nationale des Arts appliqués de Nancy pour apprendre les règles de l’architecture auprès de Jules Larcher. Diplômé deux ans plus tard, il devient donc architecte tout en s’adonnant à sa passion : la peinture. Pour cela, il suit des cours auprès de Victor Prouvé et d’Emile Friant, deux artistes de l’Ecole de Nancy. Peu à peu et grâce à l’agrément de ses parents, Jacques Majorelle s’éloigne de l’architecture, se rend à Paris et expose au Salon en 1908 un tableau de style académique intitulé La Coiffure.

Des voyages à la recherche d’inspiration

À la recherche d’inspiration nouvelle, il part en Espagne, en Italie et arrive en Egypte en 1910. « Vous décrire l’impression que me fait Alexandrie, s’enthousiasme le jeune artiste, est chose impossible. Je suis littéralement ahuri par la couleur et le soleil, j’ai la gorge serrée ! Quelle merveille ! Vivement que j’étale le soleil qui doit s’énerver dans mes tubes. » Aux couleurs sourdes, aux verts délavés et aux bruns intenses de cette production d’avant-guerre vont suivre des couleurs plus intenses dès qu’il arrive au Maroc pour une mission de mise en valeur du patrimoine artistique du royaume chérifien. De Tanger (avec ses « marchés rutilants de couleurs et une kasbah pleine de mystère et de poésie ») au Haut-Atlas (qu’il découvre en 1921), il arpente tout le pays dont le général Lyautey, ministre de la Guerre du cabinet d’Aristide Briand, veut préserver le patrimoine traditionnel.

Jacques Majorelle, Rêverie, 1955, technique mixte sur papier, réhauts de poudre d’or, 54 x 72,5 cm, galerie Ary Jan.

« Il est le premier peintre occidental à pénétrer au sein des kasbah, rappelle Mathias Ary Jan. Jacques Majorelle parvient à retranscrire dans ses toiles l’intensité et la puissance de caractère de ces sites dont les tours gigantesques aux murs épais et aux lucarnes grillagées ne ressemblent à rien de ce qu’il connaissait jusqu’alors ». À l’architecture marocaine vont succéder de nombreux nus noirs à partir des années 1930 auxquels se rattache ce dessin de 1955. « Faisant évoluer sa technique, explique encore le galeriste, Majorelle n’hésite pas à couvrir de grands papiers parfois teintés, sur lesquels il pose des couleurs détrempées. Puis, il modèle ses nus en y ajoutant des couleurs vives qu’il pose à la brosse ou parfois directement avec ses doigts en les mêlant à des poudres métalliques afin de leur donner un relief plus intense ». Ces couleurs métalliques sont de l’argent ou, comme ici, de la poudre d’or.

En Afrique noire

C’est à partir de 1929 que Majorelle demande à Poisson et Sinoir la construction de sa villa aux formes cubistes, près de son atelier installé dans sa première maison. Huit ans plus tard, il opte pour des couleurs vives et peint sa villa d’un bleu intense, le bleu Majorelle. Au milieu des années 1940, à la recherche de nouveaux modèles, Jacques Majorelle part en Afrique de l’Ouest. D’abord le Soudan, puis la Guinée et la Côte d’Ivoire. Aux scènes de marché, pleines de vie et de couleurs vives, répondent des nus et des portraits de femmes. « Durant ces différents séjours, explique encore Mathias Ary Jan, Majorelle se constitue une réserve de documents avec de nombreuses photographies de vie quotidienne dont il se servira de retour à Marrakech ». 1955, année d’exécution de ce dessin d’une femme allongée regardant de face le spectateur-voyeur, est aussi le moment d’un terrible accident de voiture qui conduira Majorelle à être amputé d’un pied. Il meurt en 1962 à Paris, où il a dû être rapatrié à cause d’une nouvelle fracture.

Ce dessin est estimé 95 000 euros et proposé à la vente par la galerie Ary Jan. Contact : contact@galeriearyjan.com

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