connaissance des arts

Linda Sanchez, la sculpture au corps, à la galerie Papillon

Cette artiste née en 1983 et diplômée de l’École d’art d’Annecy, s’est « toujours totalement impliquée dans le matériau et la sculpture ». Avec le plâtre, l’argile, le ciment, elle joue, voire surjoue les rapports de force, de mesure et de niveaux. Elle conçoit ce qu’elle nomme « un système intégral », qu’expriment des gestes radicaux, pour tester les qualités intrinsèques de ses supports, tout en laissant « l’accidentologie » déposer son empreinte. Même ses sujets se développent dans une réappropriation basique de la sculpture, avec des colonnes, des cubes, des arêtes et des angles qui conduisent naturellement vers des réflexions sur l’espace et le mouvement.

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La Tour Eiffel illuminée aux couleurs du Japon

L’une vit et travaille à Tokyo, l’autre à Paris. L’une est l’absolue pionnière du design lumineux au Japon, un savoir-faire qu’elle a déployé sur des dizaines de bâtiments dans le monde entier. La seconde l’a étudié en France et l’a exercé au Centre Pompidou-Metz, au musée du Quai Branly, à la Fête des Lumières à Lyon… Motoko Ishii et Akari-Lisa Ishii, mère et fille, éclairent cette fois la tour Eiffel aux couleurs du Japon. Un spectacle féerique pour célébrer l’amitié franco-japonaise : liberté, beauté, diversité.

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[Visite Live] « Chefs-d’œuvre ! » au musée Picasso à Paris

Parmi les milliers de peintures, de sculptures, de céramiques ou encore de collages réalisés par Picasso, pourquoi certaines créations ont accédé au rang de chef-d’œuvre ? Quelle est l’histoire de ces icônes, depuis leur conception par l’artiste jusqu’à leur entrée au musée ? Suivez Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts dans les salles du musée Picasso qui présente, jusqu’au 13 janvier 2019, l’exposition « Chefs-d’œuvre ! ».

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Les Journées européennes du patrimoine sous le signe du partage

Le samedi 15 et le dimanche 16 septembre, les Journées européennes du Patrimoine, organisées en France par le ministère de la Culture, ouvrent les portes de 17 000 monuments et lieux culturels, musées ou châteaux, églises, maisons d’illustres ou parcs… Au programme : visites libres ou commentées et animations diverses, le plus souvent gratuites. Sous le thème de l’« art du partage », cette 35e édition souhaite « célébrer avec force la construction de la grande Europe du patrimoine, cent ans après la fin du premier conflit mondial et la chute des empires, qui a engendré une nouvelle Europe des États ». Un thème très fortement d’actualité au regard des replis nationalistes successifs que connaît l’Europe ces dernières années. À l’honneur donc, les sites rattachés aux personnalités marquantes du continent, tels le musée Clémenceau à Paris et la Maison Jean Monnet, à Bazoches- sur- Guyonne (78), ou liés à son histoire, tels la base sous-marine de Saint-Nazaire (44) et le Fort de Querqueville (50). S’y ajoutent des bâtiments contemporains, du Tribunal de Grande Instance de Bordeaux (33) (réalisé par le Britannique Richard Rogers) à la Cité du design de Saint-Etienne (42) (signée par l’agence berlinoise LIN). Mais chaque édition s’enrichit également de nouvelles participations. Ainsi pour la première fois, les Jardins familiaux de Versailles (78) s’offrent à la visite, de même le Pont d’Évian, l’un des heureux élus de la Mission Bern, localisé à Bioge (74) sur l’ancienne route royale et impériale des Alpes. Ce week-end est enfin l’occasion d’ouvertures exceptionnelles, d’édifices emblématiques, Palais de l’Élysée en tête, ou plus confidentiels, du Pavillon des Girondins à Prissé (71), lieu de méditation et d’écriture de Lamartine, à la Pagode Tinh Tam de Sèvres (92), parée de ses Bouddhas géants recouverts d’or. En septembre 2017, la manifestation avait attiré douze millions de personnes…

Programme complet à consulter
sur le site des Journées européennes du patrimoine.

 

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Le château de Vaux-le-Vicomte lance un appel aux dons pour sauver son Grand Salon

La coupole du Grand Salon peinte par Séchan © S. Chirol

Le Grand Salon de Vaux-le-Vicomte est le centre névralgique du château. C’est autour de lui que s’articulent toutes les autres pièces du bâtiment, véritable chef-d’œuvre de l’architecture du XVIIe imaginé par Louis Le Vau pour Nicolas Fouquet, surintendant du jeune roi Louis XIV. Il est dominé par une vaste coupole s’élevant à 18 mètres au-dessus du sol et offrant une surface de plus de 400 m², qui n’a malheureusement fait l’objet d’aucune restauration de grande ampleur depuis sa création.
En 1661, l’arrestation de Fouquet empêche Charles le Brun, grand ordonnateur du chantier de décoration de Versailles, de réaliser son projet de fresque pour la coupole du Grand Salon de Vaux-le-Vicomte. Des dessins préparatoires, conservés au Cabinet des Arts graphiques du musée du Louvre, sont les seuls témoignages qui nous sont parvenus de ce décor grandiose destiné à célébrer l’union des arts et des sciences. La fresque que nous admirons aujourd’hui a été réalisée deux cents ans plus tard par Charles Séchant, décorateur de l’Opéra de Paris, tandis que seize termes, représentant les signes du zodiaque et les saisons, avaient été sculptés au XVIIIe siècle, d’après les dessins de Le Brun.

Le Grand Salon © Béatrice Lécuyer-Biba

Fortement dégradé par le temps, cet ensemble décoratif, le plus grand qu’abrite le château, est aujourd’hui menacé. Les stucs et les tympans, fortement encrassés, présentent d’importantes casses et signes d’usure ; la coupole est quant à elle fragilisée par des fissures qui s’agrandissent d’année en année. Une intervention complète doit être menée d’urgence pour préserver cette pièce magistrale. 900 000 euros sont nécessaires pour financer le nettoyage du plafond, la cicatrisation des fissures ainsi que la restauration du ciel peint par Séchant et des stucs, termes et tympans, qui complètent le décor. La campagne de crowdfunding, lancée le 7 septembre dernier, permettra également de recréer numériquement le dessin préparatoire de Le Brun pour le projeter sur la coupole et ainsi restituer encore davantage l’esprit de ce « Palais du Soleil » qu’avait imaginé Fouquet.
La participation au financement de ce grand chantier de restauration est accessible à tous, les dons s’effectuant directement sur la plateforme de Dartagnans. En bonus, le château offrira chaque semaine à un donateur tiré au sort des invitations pour des cocktails VIP, des soirées romantiques aux chandelles, des vols en hélicoptère au-dessus du domaine ou encore des nuits dans l’hôtel 5 étoiles Alfred Sommier, situé au cœur du quartier de la Madeleine à Paris.

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Ruta Jusionyte, vers le fantastique à la galerie Schwab

La galerie Schwab défend une scène expressionniste à tendance intimiste, figurative ou portant sur les souffrances de l’âme, dont celles de Jean Rustin ou Vladimir Veličković. C’est ce qui a ému Édouard Schwab quand il a découvert il y a quelques années le travail de la Lituanienne Ruta Jusionyte, touché par « la détresse et la souffrance de ses personnages ». Il souligne néanmoins que ses huiles, terres cuites et bronzes (de 2000 € à 9000 €) prennent une forme plus narrative, glissant vers le fantastique.

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Les Visas d’or 2018 du photojournalisme

Sanaa, Yémen. Fabrication de prothèses. Depuis le début du conflit, plus de 6 000 Yéménites ont été amputés. © Véronique de Viguerie / The Verbatim Agency pour Time et Paris Match

Créés par les ateliers Arthus-Bertrand, les trophées des Visa d’or se déclinent en six catégories. Cette année, le Visa d’or Paris Match News, la récompense la plus prestigieuse du festival, a été attribué à la photographe française Véronique de Viguerie pour sa couverture de la guerre au Yémen. C’est la cinquième fois en trente ans que ce prix est remis à une femme. Elle remporte également Le Visa d’or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge. Le Visa d’or Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée est décerné au photographe sud-africain James Oatway pour son reportage consacré aux « Fourmis Rouges », les employés d’une société de sécurité privée spécialisée dans l’expulsion et connus pour leur violence. Le Visa d’or d’honneur du Figaro Magazine revient à Sabine Weiss, photographe confirmée, dernière représentante de l’école humaniste française, actuellement mise à l’honneur au Centre Pompidou à Paris. Le Visa d’or de la presse quotidienne est quant à lui attribué à Sergey Ponomarev pour son travail, paru dans « Libération », sur la coupe du monde de football 2018. Valentine van Vyve et Olivier Papegnies remportent le Visa d’or de l’Information numérique franceinfo pour leur reportage Koglweogo. Miroir d’une faillite d’État, publié sur le site Web de « La Libre Belgique ».

Ce vendredi 29 juin est la première journée sans match depuis le début de la Coupe du monde. Pendant que les équipes qualifiées se reposent et affinent leur stratégie en vue des huitièmes de finale, les supporteurs découvrent la vie loin des stades. Moscou, 29 juin 2018. © Sergey Ponomarev pour Libération

Différents prix viennent également distinguer d’autres sujets de l’année : le Prix Canon de la femme photojournaliste, attribué à Laura Morton (projet de reportage sur l’inégalité des revenus dans la région de San Francisco), le Prix de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik, qui revient à Luis Tato (« Élection 2017 au Kenya »), le Prix Photo-Fondation Yves Rocher, remporté par Marco Zorzanello (projet de reportage sur le tourisme à l’ère du changement climatique), le Prix Pierre et Alexandra Boulat, décerné à Jérôme Sessini (« La crise des opioïdes aux États-Unis », Magnum Photos), le Prix Carmignac du photojournalisme, attribué à Yuri Kozyrev et Kadir van Lohuizen (« Arctique : nouvelle frontière »), le Prix Camille Lepage, qui revient à Kasia Strek (projet de reportage sur les conséquences du manque d’accès à l’avortement en Égypte) et enfin le Prix Ani-Pixtrakk, décerné à Virginie Nguyen Hoang (« Gaza, the afertmath »).

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Le château Renaissance de Dampierre, un laboratoire patrimonial

Dans le vestibule, l’escalier à deux rampes du XVIIIe siècle © Bernard Saint-Genès

Les visiteurs du château ont souvent droit à une visite par un conservateur du Louvre. C’est en effet Guillaume Kientz, la trentaine, conservateur au département des peintures du célèbre musée, qui a repris en 2017 les rênes du château avec sa famille. Ils marchent dans les pas de Jean-Louis et Marine Hédelin, les précédents propriétaires, un couple qui a pendant trente ans restauré et entretenu le château et ses jardins. « Cette transmission fut une affaire de coup de cœur entre passionnés de patrimoine. Nous avons repris le château sous la formule innovante d’un bail emphytéotique de trente ans. Trente ans pour transformer l’essai, pour savoir si on poursuit l’aventure. »
Le rêve de Guillaume Kientz, c’est de trouver un équilibre économique pour ce bâtiment remarquable. Et cela en évitant les solutions de facilité. « Il ne s’agit pas de tout miser sur les visites de la galerie alchimique, par des guides déguisés en Merlin l’enchanteur ! ». Pas de mariages à la chaîne non plus pour ce lieu qui fut en son temps une pépite culturelle, placée sous la protection des Valois.

Le grand salon et son plafond exceptionnel : les poutres peintes au XVIIe siècle ont été remployées dans un décor XIXe. La cheminée est ornée de céramiques XIXe de suiveurs de Palissy et d’une authentique terracota émaillée du XVIe siècle de l’atelier Della Robbia de Florence © Bernard Saint-Genès

La première pierre de Dampierre fut posée en 1475 ou 1495, ce qui en fait un des premiers châteaux Renaissance. De retour des guerres d’Italie où il avait suivi Charles VIII, François de Clermont, seigneur de Dampierre, trouva vieillot son château-fort. Il fit construire une nouvelle demeure sur l’ensemble des petites îles que forme la Boutonne. Il n’en susbiste aujourd’hui que le corps de logis central, avec ses deux galeries ouvertes, dont la fameuse galerie alchimique du premier étage. Avec ses 93 caissons ornés de 128 clés sculptés dans la pierre, ses représentations mystérieuses inspirées de la mythologie et de l’alchimie complétées de citations latines, elle est unique en France. Elle fut réalisée sans doute vers 1550, pour Jeanne de Vivonne, dame de Dampierre, première dame d’honneur de Louise de Lorraine, l’épouse d’Henri III. Les armes d’Henri II et de Catherine de Médicis attestent la proximité des Clermont-Dampierre avec les Valois. Leur fille, Claude-Catherine de Clermont-Dampierre, fut même élevée à la cour, avec Marguerite de Valois, la future Reine Margot. Elle y acquit un savoir extraordinaire, parlant l’hébreu, le latin, le grec, l’espagnol et l’italien. Elle fut membre de l’Académie du Palais, ancêtre de l’Académie française qui se réunissait au Louvre. Elle soutint Jean-Antoine de Baïf, Pierre de Ronsard et Joachim du Bellay. Catherine de Médicis encouragea son mariage avec Albert de Gondi, banquier florentin qu’elle avait fait venir à la cour de France. Ce mariage, prestigieux pour les deux parties, est à l’origine de la revente de Dampierre en 1498. Le couple, en pleine puissance, décida de s’installer près de Paris où le pouvoir royal commençait à s’implanter. Jusque-là, aristocrates et poètes vivèrent des heures bénies à Dampierre, où une longue inscription épicurienne, sur la cheminée de la salle à manger, débute par : « Douce est la vie à bien la vivre ».

La galerie haute et son plafond à caissons sculptés de décors symboliques © Bernard Saint-Genès

Dans la galerie du premier étage, on se livrait à des batailles d’érudition en interprétant les sculptures. « L’époque a un goût prononcé pour ce qui est à décoder. On est dans le monde d’avant Descartes et on aime que les choses aient plusieurs sens. Dans cet exercice d’interprétation, on utilise tout son savoir ; c’est une manière de se démarquer socialement. », décrypte Guillaume Kientz. Pour lui, cette époque est plus proche de la nôtre qu’on croit. « C’est un moment où les guerres s’apaisent, mais où il y a des guerres de religion. On découvre le monde alors, et on repense la place de l’homme dans ce monde, exactement comme avec l’écologie aujourd’hui. » L’écologie, c’est un maître-mot à Dampierre. Le parc est en gestion biologique, y compris contre les moustiques tigres et la redoutable pyrale du buis. « On utilise des vieux remèdes qui fonctionnent. Pour la pyrale, le bacille de Thuringe et le tabac froid. Pour les moustiques, on compte sur les poissons, on fait des remous dans l’eau, on installe des fontaines. » Ce respect de l’environnement s’accompagne de celui des ressources locales. C’est sur des synergies que Guillaume Kientz souhaite s’appuyer pour doter Dampierre d’une stabilité économique. « Ce qui m’importe en tant que propriétaire d’un monument historique, c’est de montrer son utilité sociale. Autrefois il y avait une économie circulaire autour des châteaux. Il faut jouer la carte du collectif, sinon le patrimoine est mort. » Au fil du temps, le château a été démantelé et ses anciens bâtiments vendus. Ils forment aujourd’hui un village.

Au XVIIIe siècle, le château de Dampierre fut la propriété de la famille de Gallifet. La chambre de la marquise a conservé son lit d’époque © Bernard Saint-Genès

L’ancien moulin est devenu une buvette de charme ; les granges une brocante. Les nouveaux châtelains s’emploient à ne pas cannibaliser ces activités avec une boutique ou un salon de thé. Ils se réjouissent que depuis leur installation, une épicerie ait ouvert dans le village. Le château a instauré un partenariat de tarifs et d’événements avec l’Asinerie des Baudets du Poitou toute proche. Le programme des expositions s’étoffe, surtout axé vers la peinture et la sculpture. Mais Guillaume Kientz ne met pas uniquement en place une stratégie locale. Le nouveau propriétaire aimerait organiser chaque été un festival mêlant musique et arts plastiques. « En raison de son importance historique, le château a vocation à rayonner au-delà de son territoire ». Dernier projet en date : aménager les communs pour accueillir des artistes en résidence. « C’est une façon de renouer avec l’esprit de la Renaisance, mais surtout de faire perdurer Dampierre dans les mémoires. Nous voudrions que les artistes identifient le château comme une étape de leur parcours. » Stéphane Bern, l’instigateur du Loto du patrimoine, a accepté d’être le parrain du château de Dampierre-sur-Boutonne. Il est lui-même propriétaire volontaire d’un patrimoine qu’il sauvegarde, le Collège Royal et Militaire de Thiron-Gardais, près de Chartres. Il sait quels trésors d’imagination et d’énergie doivent déployer les propriétaires de monuments classés, sans subventions, pour les sauvegarder.

Château de Dampierre-sur-Boutonne
10, place du Château
17470 Dampierre-sur-Boutonne

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Faire tomber l’ennemi dans le décor : hommage aux artistes camoufleurs

Haye et Paul d’Espagnat, « Etapes de la fabrication d’arbres-observatoires blindés », illustration pour le n° 49 de « La Guerre Documentée », p. 37, 1917

En cette année de commémoration du centenaire de l’Armistice de 1918, il est bon de se souvenir que les artistes ont eux aussi mis leur imagination et leur talent au service de leur pays. Les armées engagées dans ce qui fut le premier conflit mondial de l’Histoire ont en effet su mettre à profit l’art plurimillenaire du camouflage en associant artistes, décorateurs, couturiers ou accessoiristes à la création de techniques de dissimulation des troupes et des sites stratégiques de plus en plus élaborées. Si l’ensemble des pays s’est intéressé aux applications martiales de l’art de la dissimulation et du trompe l’œil, la France en a probablement fait l’un des usages les plus remarquables en créant, dès le mois d’août 1915, la section Camouflage où artistes, ingénieurs et architectes travaillaient de concert sous la houlette du Ministère de la Guerre. Dès 1914, le peintre lorrain Louis Guingot (1864-1948) de l’École de Nancy mettait au point la première « tenue léopard » visant à dissimuler les fantassins français, alors toujours affublés d’un pantalon rouge garance sur le champ bataille. L’impression est réalisée à partir de la technique du barbouillage, mêlant le vert pré, le brun-rouge et le bleu sombre, pour mieux tromper la vision de l’ennemi. À cette époque, l’armée a cependant préféré à cette invention l’uniforme bleu horizon tout en déclinant son principe pour le camouflage de l’artillerie lourde visée par l’aviation allemande. C’est grâce à la ténacité d’un autre artiste, Guirand de Scévola (1871-1950), que de grandes toiles bariolées aux couleurs de la nature ont finalement été déployées au-dessus des canons et des artilleurs pour garantir l’invisibilité de leur position. Canons, chevaux, matériel ferroviaire et camions ont été peints de taches irrégulières afin de briser les lignes de leurs formes réelles tandis que des installations de plus en plus sophistiquées ont vu le jour. Une vaste reconstitution de la partie nord de Paris, animée par un système d’éclairage intermittent, fut ainsi installée dans le secteur de Roissy-de-France pour tromper l’aviation allemande tandis que de faux-arbres observatoires blindés avaient été disséminés dans le paysage.

André Mare, « Les canonniers », Somme 1915, planche extraite du recueil « Carnet de Guerre »

L’art du camouflage devenant une discipline militaire à part entière, l’armée a créé différents ateliers à Paris et en région réunissant des décorateurs de théâtre (Georges Mouveau, Eugène Ronsin), des sculpteurs (Charles Despiau, Paul Landowski, Antoine Sartorio), des peintres traditionnels ou proches de l’esthétique cubiste (André Lhote, André Mare), ou encore des illustrateurs (Joseph Inchon, créateur de Bécassine). Pour Cécile Coutin, conservateur en chef honoraire et auteur de l’ouvrage Tromper l’ennemi. L’invention du camouflage moderne en 1914-1918, les artistes, aidés par des physiciens, des ingénieurs et des chimistes, ont « largement contribué au succès du camouflage grâce à leur imagination, leur sens des subtilités de la couleur, du ton et de la matière, et leur aptitude à dessiner sur le motif ou de mémoire ». Si le salon Souvenir de Corot choisit cette année de rendre hommage à ces créations aussi curieuses que salutaires c’est que son fondateur, le peintre et graveur André Dunoyer de Segonzac (1884-1974), ami d’Apollinaire, de Vlaminck et de Dufy, a lui-même dirigé un atelier de camouflage durant la Première Guerre mondiale.

Salon Souvenir de Corot
« Hommage aux Artistes Camoufleurs de 1914-1918. Tromper l’ennemi »
21 septembre – 21 octobre 2018
L’Écu de France 1, rue Robert Cahen, 78220 Viroflay

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Le Glenstone Museum à la conquête de nouveaux espaces

Le bassin intérieur du Pavillions. Courtesy Glenstone museum © Iwan Baan

2018 marque un tournant décisif dans l’histoire du Glenstone Museum, lieu unique en son genre qui met en résonance l’art des XXe et XXIe siècles avec les paysages boisés du Maryland. Portée par le couple de collectionneurs Emily et Mitchell Rales, l’institution inaugure dans quelques semaines ses nouveaux bâtiments, une extension conçue par l’agence Thomas Phifer and Partners dans un souci toujours constant d’intégration à l’environnement. Différents cubes de béton abritant des cafés, une librairie, des locaux techniques et surtout de nouveaux espaces d’exposition viennent ainsi s’inscrire dans le paysage pour quadrupler la capacité d’accueil du musée et assurer un confort de visite optimal au public. « Vous laissez le monde derrière vous », explique Thomas Phifer au sujet du cheminement du visiteur vers The Pavillions, le bâtiment principal, « chaque pas vous emmène un peu plus loin des distractions quotidiennes », vous incitant à adopter une posture contemplative. Doté de larges baies vitrées qui offrent un éclairage naturel, The Pavillions est conçu comme une succession de galeries disposées en cercle, ouvrant sur un bassin de 1600 m² agrémenté de nénuphars, d’iris et de jonc.
En complément de son bâtiment initial, dessiné par Charles Gwathmey (1938-2009), le Glenstone Museum se dote ainsi de plus de 4 600 m² supplémentaires d’espaces d’exposition qui seront consacrés aussi bien aux manifestations temporaires qu’à la présentation d’une plus large partie de la collection de l’institution. Plusieurs salles seront notamment consacrées à l’œuvre d’un seul artiste, qu’il s’agisse de Cy Twombly, de Charles Ray, dont le Garçon à la Grenouille avait été exposé à l’entrée du Grand Canal à Venise, de l’artiste conceptuel japonais On Kawara, décédé en 2016, ou encore de Michael Heizer, figure contemporaine du Land Art. À l’extérieur, 50 nouveaux hectares de parc ont été agencés et peuplés de deux nouvelles sculptures : l’installation sonore de Janet Cardiff et George Bures Miller Forest (for a thousand years), acquise en 2017, et Horse and Rider de Charles Gwathmey.
Le 30 août dernier, l’entreprise de construction Hitt Contracting a attaqué en justice le commanditaire de l’expansion, la Glenstone Foundation, en raison des nombreux changements architecturaux (plus de 2400 !) opérés au cours du chantier (dont le coût global s’élève à 200 millions de dollars). Hitt affirme que ces problèmes ont obligé l’entreprise, ainsi que ses sous-traitants, à autofinancer le projet pendant des mois et réclame aujourd’hui à la fondation 24 millions de dollars de dédommagement.

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Le grand retour de Georges Mathieu à la galerie Templon

La succession de Georges Mathieu (1921-2012) enfin résolue, l’artiste est aujourd’hui représenté par la galerie Templon, pour les années 1960 et 1970. « Beaucoup de gens sont heureux de le voir sortir enfin du purgatoire », observe la directrice de la galerie, Anne-Claudie Coric. Sur des foires, il attire déjà les collectionneurs américains, belges, italiens, suisses ou asiatiques. « On regarde à nouveau la grande abstraction française et on redécouvre à quel point cet artiste a été novateur. Il fut le premier à introduire la notion de vitesse et de performance dans l’exécution des toiles, notamment par ses improvisations avec des musiciens, et il avait aussi cette manière d’employer la peinture directement du tube qui est un langage très bien compris des plasticiens d’aujourd’hui. » Une vingtaine d’œuvres de 1964 à 1976 s’échelonnent entre 80 000 € et 200 000 € selon les formats. Mais ce qui frappe, c’est la fraîcheur de ces toiles, que Jackson Pollock appréciait également, relue à l’ère d’une nouvelle abstraction.

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Le peintre norvégien Johan Christian Dahl en vedette romantique à Bergen

Vue du Nigardsbreen à Jostedalen, 1844, huile sur toile, 100 x 136 cm, KODE © Dag Fosse/KODE

Fjords, glaciers, chutes d’eau, tempêtes, scènes pastorales panoramiques dans les montagnes, mais aussi couchers de soleil flamboyants, le répertoire iconographique exceptionnel qui fait la réputation de Dahl apparaît, au-delà de l’invitation au voyage en Norvège, comme un manifeste identitaire. L’affaire n’était pourtant pas gagnée d’avance. La Norvège, au début du XIXe siècle, ne possède ni Académie des beaux-arts ni marché d’art véritable. À Bergen, celui-ci se limite à quelques commandes privées ou publiques, principalement de peintures décoratives. Ainsi, entre ses dix-huit et vingt ans seulement, après une formation locale succincte auprès de Johan Georg Müller (1771-1822), Dahl réalise, entre autres, Vue d’Engen (1806), Vue du port de Bergen (1806) et La bataille navale d’Alvøen (1808), trois huiles sur toile de format horizontal. Si la technique est encore artisanale, le style « naïf » est plein de charme dans les détails, ceux des personnages surtout. Dahl sait déjà rendre à merveille la vie quotidienne et l’actualité des Norvégiens.
Le voyage à l’étranger s’impose ensuite à Dahl. De 1811 à 1817, il part se former à Copenhague, à l’Académie des beaux-arts. Là, comme le peintre Caspar David Friedrich (né en 1774 à Greifswald, ville suédoise jusqu’en 1815) dans les années 1790, il est l’élève de Christian August Lorentzen. Dahl étudie de près les chefs-d’œuvre des peintres danois Jens Juel (Paysage d’aurore boréale, vers 1790) et Christoffer Wilhelm Eckersberg, sans négliger Claude Lorrain pour ses dessins et les peintres de paysage hollandais (Jacob van Ruisdael, Hobbema et Jan Both…), Allart van Everdingen surtout, lequel fit le voyage en Norvège dans les années 1640. La période danoise de Dahl réserve des toiles majeures dédiées au paysage « dramatique », comme le Pont sur la rivière de Tryggevælde et Vue sur Køge (vers 1815), menacé par une lumière crue, un vent violent et un ciel chargé de lourds nuages noirs. D’esprit romantique, l’œuvre réussit, contre toute attente, à faire naître chez le spectateur un sentiment d’effroi dans un paysage pourtant sans relief, propre au Danemark. Avec subtilité, Dahl rend le paysage vivant grâce aux personnages que l’on devine dans la tempête. Ainsi crée-t-il un lien réflexif et émotionnel fort entre le spectateur et la représentation, libérée de toute référence mythologique ou historique. Paysage de montage nordique avec cascade (1817), en revanche, dévoile la nature sauvage en Norvège par beau temps (on distingue à droite trois promeneurs) bien que réalisé à Copenhague d’après les tableaux d’Everdingen.

Vue du Vésuve en éruption, 1821, huil esur toile, 61 x 87,5 cm, KODE © Dag Fosse/KODE

Après le Danemark, et avant l’exil définitif en Allemagne, curieux de l’art du sud cette fois, Dahl prend le chemin de l’Italie en 1820-1821, en passant par Berlin, Dresde et Munich. Entre autres, il visite Florence et Naples avant de séjourner à Rome où il fait la connaissance du sculpteur danois Thorvaldsen. À l’occasion, Dahl franchit une étape capitale en exécutant de nombreuses études au crayon et à l’aquarelle d’après nature, fraîches et spontanées, dans lesquelles il s’attache à retranscrire fidèlement la lumière et l’atmosphère. À la suite, dans son atelier, Dahl réalise des huiles sur toile spectaculaires, comme Vue du Vésuve en éruption (1821). Il semble que Dahl ait été le premier à peindre l’éruption d’aussi près, avec la lave en fusion au premier plan et la baie de Naples dans le lointain. L’impuissance des personnages est ici totale, face aux vapeurs de soufre qu’exhalent les crevasses de la montagne. Fin juillet 1821, Dahl revient à Dresde pour s’y fixer plus de trente-cinq ans, jusqu’à sa mort. La riche métropole lui permet de faire une brillante carrière et de former des élèves (notamment norvégiens). Et, à titre privé, de fonder une famille nombreuse. Membre de l’Académie des beaux-arts de Dresde en 1820, Dahl est nommé professeur en 1824, la même année que Friedrich, un ami avec lequel il partage une même quête identitaire « nordique ». En effet, durant toutes ces années à Dresde, Dahl garde des liens étroits avec le Danemark (où il expose régulièrement) et, fier de ses racines, avec la Norvège, qu’il visite à cinq reprises l’été pour l’analyser à la loupe : d’avril à octobre 1826, de mai à novembre 1834, de mai à octobre 1839, de juin à octobre 1844 et de mai à octobre 1850. Après l’étude des écoles de peinture de paysage étrangères (danoise, hollandaise, française, italienne et allemande), Dahl vise à définir un « modèle norvégien » du paysage moderne. Avec lui, « fjells » (montagnes), fjords et torrents gagnent droit de cité dans l’art international. Ainsi, à l’Exposition universelle de 1855, à Paris, affublé des titres de « Chevalier des ordres de Wasa, de Danebrog et Danebrogsmand, de l’ordre norvégien de Saint-Olaf, et de l’Aigle Rouge de Prusse », Dahl montre deux vues norvégiennes, sur trois toiles exposées : Vue prise à Mariedahlen (Vallée de Marie), près de Christiania (aujourd’hui Oslo) et Un paysage norvégien, qui appartient déjà à la Galerie nationale de Christiania. Officiels comme bourgeois admirent ses larges compositions dédiées à la nature exotique du Nord, très élaborées et riches en détails, sorte de « résumés » de la Norvège.

Vue du port de Bergen, huile sur toile, 123,5 x 178 cm © Dag Fosse/KODE

Contrairement aux aspirations métaphysiques de Friedrich, l’objectivité dans les formes, les couleurs et les sujets caractérise les tableaux de Dahl (Stugunøset à Filefjell, 1851, animé d’un troupeau de rennes, par exemple). Son génie est de nous faire partager une expérience optique et spatiale que l’on ne peut connaître que dans la nature norvégienne, grandiose, sauvage, âpre (Nigardsbreen, 1844, un glacier situé dans la vallée Jostedalen). D’une toile à l’autre, Dahl nous confronte encore, sans ménagement, aux côtes déchaînées par le vent comme aux montagnes majestueuses, créant un véritable choc émotionnel, un éblouissement visuel, une prise de conscience d’un environnement exceptionnel, souvent hostile il est vrai, mais d’une beauté renversante. Par un système de superposition de plans, un peu comme des strates, ses vues, souvent panoramiques, « racontent » la Norvège, son littoral (Vue du port de Bergen, 1834, qui offre la vision d’un « ballet » de nuages et de brume), et l’intérieur du pays, plus mystérieux encore (Hiver dans le Sognefjord, 1827, avec son monument mégalithique, ou Vue de Kaupanger, 1848, et son église en bois datant du Moyen-Âge). Parallèlement à la création d’une école norvégienne du paysage (qui laisse une place non négligeable aux esquisses, notamment de ciels et de nuages), Dahl prend activement part à divers projets nationaux, telle la création de la Galerie nationale des beaux-arts, à Christiania (1836), et l’Association artistique de Bergen (1838). En 1837, la publication d’un recueil de planches dessinées d’églises norvégiennes en bois, constitué à partir de l’œuvre de Dahl, témoigne aussi de son vif intérêt pour le passé patrimonial norvégien.
Poète dans l’âme, Dahl rend ainsi hommage sa vie entière, en très grande partie, à une nature puissante, mais aux lois moins obscures que celle qu’imagina Friedrich sur les côtes de la mer Baltique. Plus pragmatique, peut-être, que son ami allemand, Dahl assimile l’influence de nombreux modèles étrangers pour donner naissance à une représentation fidèle de la Norvège, telle qu’elle existe dans ses nuances et ses ambivalences. Le parcours européen de Dahl est complexe, mais c’est sans doute celui-ci qui rend pertinente la quête identitaire de Dahl. L’artiste est le premier peintre norvégien à représenter le rapport ambigu avec l’environnement, aussi diversifié soit-il, en Norvège, et à imaginer une harmonie possible avec la nature, d’une force inouïe, celle-là même qui permet de définir aussi le caractère de toute une nation, notamment sa capacité de résistante face à l’histoire (Bouleau dans la tempête, 1849).

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Le numérique au service du patrimoine

« Les dernières tendances en matière d’innovation dans les lieux de patrimoine sont les escape games numériques et le développement de la réalité virtuelle », affirme Pierre-Yves Lochon, coordinateur du Club innovation & Culture Clic France. En quelques mois, les escape games ou « jeux d’évasions grandeur nature » se sont multipliés dans les lieux de patrimoine artistique, historique et scientifique, comme celui du château de Bourdeilles qui propose aux joueurs munis de casques de réalité virtuelle de résoudre des énigmes afin de s’échapper de décors médiévaux en 3D inspirés de l’architecture du château (donjon, basse-fosse…).
Voyager dans le temps, tel est l’objectif des dispositifs en réalité virtuelle comme celui du théâtre antique d’Orange qui permet de s’immerger dans une reconstitution numérique du monument inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, tel qu’il devait être en 36 av. J.-C. au moment de la fondation de la ville d’Arausio par les Romains. Un film immersif projeté sur l’écran d’un casque de réalité virtuelle est proposé sur place par le gestionnaire du lieu, Culturespaces. En revanche, inutile d’être au château de Versailles pour revivre la visite de l’ambassade de Siam à la cour de Louis XIV en 1686 et le bal des Ifs organisé par Louis XV en 1745, si l’on est équipé d’un casque de type HTC Vive ou Oculus Rift, de manettes de réalité virtuelle et d’une application gratuite intitulée « Vivez Versailles » développée par le château de Versailles en partenariat avec la Fondation Orange.
Les lieux de patrimoine accueillent aussi de plus en plus de dispositifs en réalité augmentée qui superposent à la vision réelle d’un monument sa construction d’origine reconstituée en 3D. Ainsi les tablettes Histopad permettent-elles de redécouvrir des monuments historiques tels qu’ils devaient être à certaines époques, en se basant sur des archives iconographiques. Après le palais de la Conciergerie (géré par le Centre des Monuments nationaux [CMN]) en 2016, le château royal de Blois vient de s’équiper de ces tablettes qui permettent de visualiser en 3D des salles aujourd’hui disparues : les appartements de l’aile Louis XII en 1501, la cuisine de l’aile François Ier en 1520 et la salle des États généraux en 1588, date à laquelle le duc de Guise a été assassiné… Variante de la réalité augmentée, la réalité superposée permet d’insérer des scènes filmées à 360° avec des comédiens dans le décor des pièces visitées comme à la maison de Georges Clemenceau à Saint-Vincent-sur-Jard (gérée par le CMN), grâce à une application de visite disponible sur tablette numérique. Cette technologie permet d’immerger le visiteur dans une narration se déroulant à l’époque où Clemenceau occupait cette maison, à l’endroit exact où il se situe, réel et virtuel se superposant parfaitement. Ainsi pourra-t-il voir le « Tigre », tel une apparition, discuter avec Monet dans le kiosque…

9e Rencontres nationales Culture et Innovation(s)
organisées par le Club innovation & Culture Clic France
Le 26 septembre 2018 de 9h30 à 17h30
Cité des sciences et de l’industrie à Paris
Découvrez le programme ici

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En Espagne, une paroissienne apprentie restauratrice défigure trois œuvres des XVe et XVIe

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Jugeant que les idoles de l’ermitage de son village avaient besoin d’un petit rafraîchissement, une paroissienne d’El Ranadoiro, au nord de l’Espagne, a demandé au prêtre du lieu l’autorisation de les emporter chez elle pour les repeindre. Bien que cette dernière n’ait aucune qualification pour intervenir sur des œuvres de plus de cinq cents ans, ce dernier lui a laissé carte blanche… Appliqué et pour le moins inventif, le résultat est absolument désastreux tant par la cacophonie des couleurs employées, choisies au bon gré de l’artiste en herbe, qu’en raison de la destruction des traces de polychromie d’origine ! Les victimes de cet attentat esthétique à grands coups de badigeons fluo sont une sainte Anne trinitaire, accompagnée de la Vierge et de l’Enfant Jéus, datée du XVe siècle, ainsi qu’un saint Pierre et une Vierge à l’Enfant de type sedes sapientiae, toutes deux réalisées au XVIe siècle. Aujourd’hui réunies dans un retable en bois, elles crient leur désespoir au monde d’avoir été ainsi transformés en monstres de foire.

Nuevo "Ecce Homo" en #Asturias. Ha vuelto a pasar… Una vecina de #Rañadoiro, en el concejo asturiano de #Tineo, repinta -que NO restaura- unas tallas de los siglos XV-XVI y este es el resultado: https://t.co/jpSRbyB1rZ #NoEsRestauración #EsTitanlux #SOSPatrimonio #BastaYa pic.twitter.com/lUvijtby7X

— Canalpatrimonio (@canalpatrimonio) September 7, 2018

La métamorphose la plus nauséeuse est sans conteste celle du groupe de sainte Anne dont le style initial, certes un peu frustre, ne méritait pas tant de haine : vert laitue pour la robe du Christ, manteau fuchsia pour la matriarche, eye-liner et sourcils à la Nina Hagen pour tout le monde. Que l’on s’entende bien, ce n’est pas la polychromie en soi qui pose ici problème. Rehausser de couleurs, parfois vives, les sculptures en pierre ou en bois est une pratique largement répandue en Occident dès le XIIe siècle et il suffit d’aller flâner dans le département des sculptures médiévales du Louvre (Aile Richelieu), au musée de Cluny ou dans n’importe quelle église pour s’en rendre compte. Ces couleurs sont généralement signifiantes, symbolisant telle vertu ou tel concept, et contribuent à la lecture de l’œuvre. La gamme chromatique choisie par notre zélée paroissienne relève quant à elle davantage de la carte souvenir de Première Communion que de l’étude de modèles contemporains ou de l’iconographie de base, et sa témérité ferait pâlir les palettes harmonieuses d’un Raphaël. Que pouvait-on attendre d’une simple peintre du dimanche, certes bonne chrétienne, mais sans aucune qualification en matière de restauration ? Le véritable responsable de ce gâchis n’est autre que le curé d’El Ranadoiro, gardien du temple et de ses idoles, qui a agi de son propre chef sans en référer aux services compétents de la Direction du patrimoine. Genaro Alonso, conseiller à l’Éducation et à la Culture, pour qui cette intervention « relève davantage de la vengeance que de la restauration », a annoncé l’ouverture d’une enquête et n’exclut pas d’éventuelles sanctions de la part du Ministère de la Culture. Espérons que ce désastre soit encore réversible…
De tels épisodes de vandalisme ordinaire ont récemment secoué la vie culturelle espagnole. On se souvient, bien évidemment, du fameux Christ de Borja, près de Saragosse, un tableau de l’Ecce Homo massacré par une octogénaire en 2012 et dont la célébrité donna naissance à un style à part entière, le style « Ecce Homo », qui qualifie aujourd’hui toute restauration calamiteuse où le grotesque se mêle à l’indignation.

El "Ecce Homo" coloca al pueblo de Borja en el mapa https://t.co/JdejUUGzXz

— RequeteNews (@RequeteNews) September 10, 2018

En juin dernier, la polémique enflait autour de la restauration ratée d’une sculpture en pierre de saint Georges, dans l’église San Miguel de Estella à San José, en Navarre.

El ecce homo de Borja no está solo. Resulta que por la geografía española hay más restauraciones fallidas y aquí recopilo algunos. https://t.co/IHWVadaeQF pic.twitter.com/ArqL4R5RBE

— Cristian Caraballo™ (@CCperez_) September 7, 2018

Quelques semaines plus tard, les paroissiens de l’église San Sebastián de Reinosa, en Cantabrie, découvraient un curieux personnage clownesque peint en remplacement d’une sculpture de chérubins sur le pourtour du grand autel. Le patrimoine religieux espagnol doit-il se méfier de l’enthousiasme de ses fidèles ?

Aparece un nuevo «Ecce Homo», esta vez en la localidad cántabra de Reinosa. Una escultura de ángel desaparecida del retablo del altar mayor de la Parroquia de San Sebastián fue sustituida hace años por un malogrado dibujo https://t.co/vjRG6eXi6E pic.twitter.com/IXLj73yMgx

— ABC Cultural (@ABC_Cultural) July 26, 2018

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Focus œuvre : La Maison Sublime, joyau du judaïsme médiéval

Mur nord et entrée de la tourelle d’escalier du monument juif © Jacques-Sylvain Klein/Métropole Rouen Normandie/Éditions Points de vues

L’aventure a commencé par la découverte, totalement confidentielle, d’un parchemin hébraïque provenant de la guenizah (dépôt de manuscrits hors d’usage) de la synagogue du Caire portant la mention de RDVM, transcription du nom latin de la ville de Rouen, Rodom. À partir de ce document et de dizaines d’autres qu’il exhume, le paléographe américain spécialiste des manuscrits hébreux et judéo-arabes Norman Golb reconstitue l’histoire des juifs de Rouen au Moyen-Âge, affirmant qu’il existait de part et d’autre de l’actuelle rue aux Juifs de la ville une synagogue au sud et une académie rabbinique au nord, à l’emplacement de l’actuel palais de justice. Quatre mois après avoir publié ses recherches dans un livre en hébreu (Histoire et culture des juifs de Rouen au Moyen Âge, Dvir, Tel Aviv, 1976), coup de théâtre. Chargé de réaliser des travaux de pavage dans la cour du palais de justice de Rouen, un ouvrier d’une entreprise spécialisée dans la restauration des monuments historiques repère une cavité souterraine, que le chef de chantier identifie comme un édifice roman et qui s’avère être un mikvé (bain rituel juif). Consulté, l’architecte en chef des Monuments historiques Georges Duval demande à l’entreprise d’effectuer des sondages dans toute la cour, et le 13 août 1976 un second édifice d’époque romane est mis au jour, à l’endroit même où Norman Golb avait annoncé l’emplacement de l’école rabbinique (yeshiva en hébreu). Contacté, le professeur accourt, et reconnaît l’académie dont il avait parlé dans son livre et qui accueillait selon lui cinquante à soixante étudiants venus de toute la Normandie sur le modèle des académies de Narbonne, Mayence ou Troyes.

Escalier datant du XIIe siècle © Jacques-Sylvain Klein/Métropole Rouen Normandie/Éditions Points de vues

Construit vers 1100 juste après la première Croisade, au cœur de l’ancien quartier juif de Rouen, cet édifice est le plus ancien monument juif conservé en France. Il est appelé Maison Sublime en raison d’un graffiti en hébreu trouvé sur l’un des murs qui reprend un verset du Livre des Rois (I, 9, 8) : « Que cette maison soit sublime. » La construction s’apparente, par son architecture et son décor, à l’abbatiale Saint-Georges de Boscherville toute proche, construite à la même époque probablement par le même atelier, selon l’historien Jacques le Maho et l’archéologue Maylis Baylé. « L’édifice, classé Monument historique en 1977, se présente comme un bâtiment semi-enterré dont on n’a conservé que la salle basse, ainsi que l’amorce de l’escalier intérieur et le bas du premier étage. Construit en belles pierres calcaires de Caumont, le bâtiment a d’harmonieuses proportions (14,10 mètres de long par 9,50 mètres de large) et des murs très épais (1,60 mètre en fondation, entre 1,30 et 1,50 en élévation) raidis par des contreforts qui suggèrent un bâtiment de plusieurs étages », explique Jacques-Sylvain Klein, historien de l’art cofondateur en 2007 de l’association la Maison Sublime de Rouen, qui se bat pour sauvegarder et rouvrir au public ce patrimoine exceptionnel fermé depuis 2001. En effet, conservée jusque-là dans une crypte archéologique aménagée en 1977 par Georges Duval sous l’escalier de la cour d’appel de Rouen, la Maison Sublime a été visitée par un large public avant d’être fermée à la suite de l’instauration du plan Vigipirate en 2001. « La beauté du décor extérieur – vingt-neuf colonnes ornées de bases historiées, toutes différentes, la plupart à motifs géométriques – fond de cet édifice le plus pur joyau de l’architecture romane à Rouen. Encadrant la majestueuse porte d’entrée – 2,20 mètres de haut par 1,10 mètre de large –, deux bases de colonnes représentent l’une un lion renversé à une tête et à double corps, l’autre un dragon. Rappelons que le lion est le symbole de David et des rois de Juda », poursuit Jacques-Sylvain Klein.

Détail de la base de l’une des 29 colonnes qui composent le décor intérieur © Jacques-Sylvain Klein/Métropole Rouen Normandie/Éditions Points de vues

Faute d’entretien depuis 2001, le monument s’est rapidement dégradé. Un taux d’humidité proche de 100 % dû à une mauvaise isolation de la dalle et à des remontées de la nappe phréatique a entraîné l’apparition de dépôts de sels et de bactéries sur les murs, provoquant un effritement de la pierre. L’association la Maison Sublime présidée par l’historien Jean-Robert Ragache a obtenu en 2012 la mise en route d’un projet de restauration et de mise en valeur et réuni depuis plus de 800 000 € auprès de l’État, des collectivités locales et de quatre fondations privées. Une souscription nationale lancée avec le concours de la Fondation du Patrimoine a également réuni près de 50 000 €. Sous la direction de l’architecte en chef des Monuments historiques Antoine Madelénat, des travaux d’assainissement et d’étanchéité ont démarré en février dernier et doivent s’achever en octobre, dans une scénographie qui permettra de faire revivre le judaïsme médiéval à l’époque du royaume anglo-normand.

Visite du monument sur rendez-vous à l’office de tourisme de Rouen
Association la Maison Sublime

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[ENTRETIEN] Chacun son dada au musée de la Chasse à Paris

Avec l’exposition « Country Life » l‘institution nous plonge dans l’univers et la collection d’un homme, Paul Mellon (1907-1999), qui tout au long de sa vie, et accompagnée de sa femme Bunny, va s’adonner aux plaisirs de la country life et développer un goût obsessionnel pour le cheval en rassemblant un ensemble d’œuvres dédié à l’animal. Anne-Frédérique Fer, rédactrice en chef de www. FranceFineArt.com, a rencontré Claude d’Anthenaise, directeur du musée de la Chasse et de la Nature, et co-commissaire de l’exposition « Country Life. Chefs-d’œuvre de la collection Mellon du Virginia Museum of Fine Arts ». À voir jusqu’au 2 décembre 2018.
Articulée autour d’une sélection de quarante et une œuvres de la Collection Mellon, l’exposition retrace un pan particulier de l’histoire de l’Angleterre où dès la fin du XVIIIe siècle, avec le développement de l’ère industrielle, cette période va coïncider d’une manière presque paradoxale avec l’engouement des classes bourgeoises pour les sports équestres, au retour à la nature et aux plaisirs qui y sont associés. Ce retour à un mode de vie à la campagne va devenir avec la « sporting painting » un véritable genre pictural pour les artistes anglais, longtemps considéré comme secondaire, et dont Paul Mellon, par sa collection, va permettre de reconsidérer les artistes. Lire la suite ici.

Cet article a été rédigé par Anne-Frédérique Fer,
rédactrice en chef de la revue culturelle franco-chinoise FranceFineArt.
Réalisée par des artistes français et chinois, la revue a été créée lors des années croisées France-Chine (2004-2005).
FranceFineArt est constituée de différentes rubriques qui à l’aide de photographies, d’interviews sonores, de textes et de liens interactifs rendent compte de la vie artistique, en France et en Chine.

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Récit d’une vie : Alphonse Mucha, peintre surdoué

Il a suffi d’une seule affiche pour faire de lui l’artiste parisien le plus en vogue de la fin du XIXe siècle. Mais quelle affiche ! En dessinant « la Divine » Sarah Bernhardt sous les traits de Gismonda, dont elle jouait le rôle dans la pièce éponyme de Victorien Sardou, Alphonse Mucha (1860-1939) pouvait-il imaginer qu’il lançait un style qui porterait son nom ? L’anecdote qui présida à cette révélation est connue et prend des allures de conte d’Andersen. Mucha, Tchèque qui avait quitté son pays à 17 ans, avait acquis à Paris une petite notoriété d’illustrateur. La nuit de Noël 1894, alors qu’il corrigeait des épreuves dans une imprimerie, on apprit que la comédienne exigeait avant le jour de l’An une nouvelle affiche pour Gismonda. On dépêcha Mucha au Théâtre de la Renaissance. Le résultat laissa dubitatif les imprimeurs mais enthousiasma la diva, qui signa immédiatement avec l’artiste un contrat de six ans, lui confiant la création de ses affiches, ses décors et ses costumes. Et la ville s’enflamma pour ces nouveaux placards, que des mains passionnées allaient jusqu’à découper, nuitamment, pour les collectionner. Qu’avait-elle donc, cette lithographie, pour détrôner soudain les Toulouse-Lautrec ou Jules Chéret, maîtres incontestés de l’affiche ? Un format nouveau, presque grandeur nature, une femme à la silhouette éthérée, coiffée de lys et auréolée d’une mosaïque dorée, à mi-chemin entre la sainte byzantine et la muse des Floralies, et surtout, loin des habituelles couleurs criardes, une palette de bleus pastels d’une ineffable douceur. Neuf affiches allaient suivre : la Dame aux camélias, Lorenzaccio, Hamlet, Médée… la carrière de Mucha était lancée. […]

Les + de l’exposition

Une exposition qui rappelle plaisamment la naissance de l’Art Nouveau à Paris et les passerelles entre arts graphiques et arts décoratifs, ainsi que la mise en œuvre de l’idée d’art total.

Les –

Il manque l’évocation des réalisations tchèques de Mucha, qui sont l’autre versant de sa vie, souvent ignoré en France, hormis lors de l’exposition du musée Fabre à Montpellier en 2009.

Alphonse Mucha, Rêverie (détail), 1897; lithographie en couleur, 72,7 x 55,2 cm, Fondation Mucha, Prague © Mucha Trust 2018

 

 

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